« L’Émission Politique » sur France 2 (bis)


Le premier plan de l’émission (extrait de l’émission de France 2)

J’attendais beaucoup de la prise de parole de Nicolas Hulot sur France 2 hier soir dont j’ai retranscrit de nombreux extraits dans un article distinct.

Hélas j’ai été très déçu, principalement par la forme qui malgré le titre « L’émission politique » tenait plutôt du « talk show », avec une introduction digne d’un match de boxe, et une « journaliste » (plutôt une animatrice) cherchant à se mettre en avant (comme le titre de son émission avec un L’ majuscule sans équivoque) , ne laissant pas à l’invité le temps de développer une idée s’étalant sur plus de deux points.

Léa Salamé et Thomas Sotto ont consacré beaucoup de temps d’antenne sur la personnalité de Nicolas Hulot, sa décision de démissionner en direct sur France Inter, son émotion lors de son dernier discours à son ministère, cherchant à souligner des fautes ou lui faire exprimer des critiques sur Emmanuel Macron ou tel membre du gouvernement, cherchant le scoop sur une candidature à la présidentielle 2022 ou aux élections Européennes de 2019, et enfin s’il allait soutenir La République En Marche aux élections Européennes. A chaque fois, Nicolas Hulot s’est efforcé de réorienter le débat vers les idées et non les personnes, finissant – agacé – par critiquer un « fantasme de journaliste ».


Le représentant des Gilet jaune de Saint-Brieuc (extrait de l’émission de France 2)

Léa Salamé n’a pas su non plus canaliser le représentant local des « Gilets jaunes » qui – en direct de Saint-Brieuc – devait poser des questions à Nicolas Hulot mais qui n’a que peu écouté ses réponses. « Revenez à la réalité […] Pardon monsieur Hulot, ca me fait rire, vous n’avez aucune conscience de la réalité des choses […] la réalité vous l’avez perdue […] Le matraquage fiscal ça commence par l’écologie – arrêtez de prendre le peuple français pour des imbéciles – et c’est ce que pensent 70% des français qui sont dans la rue et qui portent leur gilet jaune sur le dos tous les jours » (0h27). Léa Salamé a quand même pu préciser que 70% des français ne sont pas dans la rue, mais sans réellement chercher à calmer le gilet jaune dont l’image et la voix recouvraient trop souvent celle de Nicolas Hulot dans un échange inégal. C’est hélas le format habituel des émissions de télévision comme de radio de Léa Salamé qui a l’habitude de régulièrement couvrir de sa voix les réponses de ses invités.


Jean-Baptiste Marteau (extrait de l’émission de France 2)

Après un échange un peu plus profond avec Céline Imart (agricultrice), Geoffroy Roux de Bézieux (Président du Mouvement des entreprises de France) et Alain Finkielkraut (philosophe, académicien), Jean-Baptiste Marteau a annoncé les résultats d’un sondage réalisé pendant l’émission. Je trouve cela doublement déplaisant. D’abord on pourrait peut-être laisser aux spectateurs le soin de se faire leur propre opinion. Ensuite la situation est humiliante pour l’invité. Au moins le champ lexical d’instituteur n’a pas été utilisé (« mauvaise note », « revoir sa copie », « dernier de la classe). Jean-Baptiste Marteau m’a semblé l’intervenant le plus respectueux de l’invité.


30 secondes pour quitter le plateau… (extrait de l’émission de France 2)

Au bout de près de 2 heures d’émissions, pendant lesquelles l’invité a été confronté à des témoignages principalement chargés d’émotion, dont une partie d’anonymes se contentant d’envoyer des SMS, et des questions d’animateurs maîtrisant mal leurs sujets,  Nicolas Hulot est poliment remercié et prié de sortir du  plateau en 30 secondes pendant le décompte d’un minuteur géant.


On continue sans l’invité… (extrait de l’émission de France 2)

Et l’émission continue pendant une heure …sans l’invité, pour interpréter ce qu’il a dit quelques minutes plus tôt en déformant plus ou moins volontairement ses propos. Certains ne semblent d’ailleurs pas avoir écouté l’invité et livrent une pensée qu’ils avaient déjà en entrant sur le plateau. Il aurait été préférable de ne pas faire un tiers de l’émission sans l’invité, d’autant plus que Nicolas Hulot, lui, ne coupe pas la parole.

Le but de l’émission est visiblement l’analyse de l’individu et de son discours, et non les problèmes de fond que sont la transition énergétique et le contexte social révélé par les « Gilets jaunes ».

J’avais déjà réalisé un article sur cette émission en septembre dernier. Je remarque que cette fois j’ai pu tenir jusqu’au bout de l’émission.

 

Comme l’écrivait Machiavel, le passé renseigne sur le présent et permet de prévoir l’avenir 

J’ai le vertige quand je revois d’anciennes émissions politiques telles que La marche du siècle de Jean-Marie Cavada ou L’heure de vérité de François-Henri de Virieux.

Ces émissions sont accessibles sur le site de l’INA, dont je vous recommande l’abonnement illimité (2,90€ par mois) donnant accès à des programmes qui, sous une apparence qui peut sembler désuète aux plus jeunes, n’existent plus aujourd’hui et sont d’un bien meilleur niveau que la télévision actuelle.


1995 : La marche du siècle, Jacques Chirac (extrait de l’émission)

Voir l’émission en ligne

 


1983 : L’Heure de Vérité, Simone Veil (extrait de l’émission)

Voir l’émission en ligne.

Note : François Henri de Virieux a un bras dans le plâtre, et a la pudeur de ne pas y faire la moindre référence pendant toute la durée de l’émission.

 

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