« Histoire parallèle » — Interview de l’équipe : Peter Gottschalk

Peter Gottschalk (photo extraite de l’interview)

Peter Gottschalk a travaillé sur la série Histoire parallèle de 1996 à 2001, en assurant la version allemande. Dans cet entretien réalisé en octobre 2021, il parle des spécificités de la chaîne ARTE, du fil rouge de la Seconde Guerre mondiale qui a « dirigé sa vie », d’Histoire parallèle et de Marc Ferro.

Dans cet article :
1) ARTE, une chaîne unique au monde
2) Des programmes franco-allemands
3) Histoire parallèle
4) Marc Ferro
5) Revoir Histoire parallèle aujourd’hui

 

Godefroy Troude : « Bonjour M. Peter Gottschalk et merci de m’accorder cet entretien autour de Marc Ferro et l’émission Histoire parallèle, qui a débuté sur la chaine La Sept, puis s’est poursuivie sur ARTE. Vous êtes journaliste, historien, professeur d’Université en Allemagne, et chargé de programmes chez ARTE GEIE (qui chapeaute ARTE France et ARTE Deutschland). Vous êtes entré chez ARTE en 1996, comme responsable rédacteur à Strasbourg pour concevoir la version allemande de l’émission Histoire Parallèle. »

1) ARTE, une chaîne unique au monde

Peter Gottschalk : « Vous avez mentionné La Sept et c’est par là qu’il faut commencer, avant de parler d’ARTE. Créée en 1989, La Sept résultait de l’élection de François Mitterrand, 8 ans auparavant, et d’une nouvelle politique, socialiste, avec l’ambition de créer une chaîne nouvelle, utile, moderne, à vocation européenne. Parallèlement, en Allemagne, les collaborateurs d’Helmut Kohl à Bonn estimaient que l’amitié franco-allemande – qui remontait à 1963 avec le Traité de l’Élysée – nécessitait quelque chose de plus. Helmut Kohl et François Mitterrand se rencontraient au moins deux fois par an (souvent dans des restaurants pas mal…) et le couple Franco-Allemand cherchait à innover. De là est né l’idée de la chaine franco-allemande ARTE.

La création d’ARTE ne s’est pas faite de la même façon dans les deux pays, car les relations entre les gens dans l’audiovisuel ne sont pas les mêmes. En France, l’influence de l’État est considérée comme normale. La Sept n’avait que peu d’audience et était difficile à alimenter en programmes, alors l’intégrer dans une nouvelle chaine, ARTE, était considéré comme une bonne idée.

En Allemagne de l’Ouest (RFA) après la guerre, on était sur les principes du journalisme britannique (en RDA c’était totalement autre chose) avec au moins dix chaînes publiques, et à l’époque l’arrivée d’une nouvelle chaîne n’était pas bien vu par les chaînes existantes qui pensaient qu’elle leur ferait de la concurrence (c’est ce que disait Friedrich Nowottny speaker de l’ARD et PDG de la WDR).

Alors on a annoncé au chaînes publiques de l’ARD et de la ZDF qu’elles auraient plus de budget pour produire des films de qualité à condition de les laisser diffuser en exclusivité par la nouvelle chaîne ARTE, une petite chaîne qui ne leur fera pas de concurrence d’autant plus qu’elle est diffusée par le câble (et non par voie Hertzienne comme en France, avec une antenne sur le toit). ARTE c’est le numéro 30 ou 35 sur les réseaux câblés, et sur certains réseaux elle n’était parfois même pas disponible. Leurs productions pourraient être diffusées sur leur propre canal, 6 mois après la diffusion en exclusivité sur ARTE. Quand vous avez un documentaire de qualité de 52 minutes sur les pharaons en Égypte, pas de problème si on le passe le samedi soir sur ARTE et 6 mois après sur Terra-X à la ZDF. Les chaines ont accepté. L’audience d’ARTE à l’époque était beaucoup plus faible qu’aujourd’hui.

Lors de la création d’ARTE, en 1992, c’était unique au monde qu’une chaine diffuse le même signal en même temps dans deux pays, en France et en Allemagne. Depuis on a un peu assoupli cette règle de simultanéité sur les soirées car les rythmes ne sont pas les mêmes : un Allemand dîne à 18h00 avec salami et cornichons (rire) alors que le Français dîne à 20h00 et envoie au lit les enfants à 20h30-20h45. Le « prime-time » n’est donc pas aux mêmes heures en France et en Allemagne. Les directeurs de programme ont décidé de faire un décrochage du signal en soirée entre les deux pays. De fait, cette idée originale, unique au monde, de programme unique entre les deux pays n’est plus exactement là, avec parfois des décalages importants : alors qu’en Allemagne on a en prime-time le jeudi des productions historiques, par exemple sur le Concorde, en France il arrive qu’elles se retrouvent cachées quelque part le samedi matin. »

Godefroy Troude : « Justement, j’appréciais beaucoup La Sept pour ses programmes, que certains pourraient qualifier d’élitiste. Et je trouve qu’ARTE va moins dans ce sens. »

Peter Gottschalk : « Vous avez absolument raison. Le courage de passer des programmes difficiles en prime-time sur ARTE manque aujourd’hui. Mais je suis un professionnel de la télévision, donc je comprends le problème quand tous les matins on reçoit par email la part de marché de la veille. Bien sûr, il faut qu’une émission soit captivante, mais le courage que vous évoquez… À l’époque on avait dans notre grille une tranche le vendredi qu’on appelait « Grand format », avec un long documentaire, une écriture d’auteur. C’était surtout soutenu par Thierry Garrel. Ainsi il y a eu un film sur le Commandant Massoud qui était alors totalement inconnu. C’est ce film, Massoud, l’Afghan, qui l’a fait connaître en Europe ! Il a été assassiné, deux jours avant l’attentat du 11 septembre 2001, car il était trop dangereux pour les Talibans. L’auteur du reportage, Christophe de Ponfilly a reçu de nombreux prix, et s’est hélas suicidé quelques années après. Et bien aujourd’hui, si on voulait diffuser ce documentaire dans cette tranche on objecterait « Mais qui est ce Massoud ? ». À l’époque on a décidé que même s’il était inconnu il fallait quand même faire ce film. C’est un exemple où ARTE avait le courage de faire une production sans regarder les mesures d’audience. Mais vous savez les temps changent, comme le dit Bob Dylan « The times they are a-changing« , et c’est pareil pour la télévision… »

2) Des programmes franco-allemands

Godefroy Troude : « Certains programmes caractérisent la vocation franco-allemande d’ARTE, comme Histoire parallèle, Karambolage… »

Peter Gottschalk : « Oui, dès le début il fallait un programme symbolique Franco-Allemand. Et là, Histoire parallèle était par définition franco-allemand : les Allemands ont envahi la France donc c’était l’histoire franco-allemande, c’est le cœur de l’émission. Histoire parallèle a commencé sur La Sept en 1989 avec un regard sur l’histoire d’il y a 50 ans, donc sur l’année 1939 avec le début de la Seconde Guerre mondiale, l’invasion de la France en 1940 puis de l’Europe par la Wehrmacht, et jusqu’en 1995 avec la fin de la guerre et la Libération en 1945. Le sujet de l’émission était la guerre, la résistance, les camps de concentration, des sujets graves… Histoire parallèle était au cœur de l’histoire franco-allemande.

Il y a aussi, comme vous l’avez évoqué, Karambolage. C’était un nouveau projet qui fonctionne toujours aujourd’hui. 15 minutes plus légères. C’est par exemple un regard sur une station d’essence pendant une minute, et on demande si c’est en France ou en Allemagne. Ou encore les gens présentent un objet et il faut définir… C’est drôle !

Au début il y avait aussi Théma, qui existe aussi toujours aujourd’hui avec l’idée d’un contenu qui intéresse à la fois le public français et allemand. Comme chargé de programmes, quand on me propose un projet qui est centré sur un pays seulement, je réponds que c’est germano-allemand ou que c’est franco-français ! Alors j’explique au producteur en France qu’il faut que cela intéresse ma grand-mère à Francfort (c’est une figure inventée). Et pour les Allemands qui présentent un projet germano-allemand je parle de mon chauffeur de taxi à Marseille qui vient d’une famille du Maghreb (c’est aussi inventé). Avec l’idée qu’il faut toujours intéresser l’autre. Chez ARTE GEIE, les chargés de programme sont aussi responsables de l’adaptation des programmes dans l’autre langue : quand il y a une production française on fait la version allemande (VALL), et quand il a une production allemande on fait la version française (VFR). Et aujourd’hui ARTE est davantage européenne avec certains programmes sous-titrés en anglais, espagnol, italien et polonais, mais son cœur reste franco-allemand. »

3) Histoire parallèle

Godefroy Troude : « Quelle était votre fonction sur Histoire parallèle ? »

Peter Gottschalk : « Lorsque je suis arrivé chez ARTE GEIE en 1996, j’ai travaillé tout de suite à Strasbourg sur Histoire parallèle. Étant une production française, il fallait faire la version allemande : planning, programmation, traduction. Il fallait relire les textes, être parfois présents lors de l’enregistrement du « voice-over », corriger parfois quelques erreurs puis valider ou demander de nouvelles corrections. La traduction proprement dite n’est pas faite par la centrale, le GEIE, mais par des prestataires très spécialisés, dont à l’époque Kathrin Brunneschwer avec sa petite équipe à Baden-Baden. C’était une émission hebdomadaire d’environ une heure, un travail intéressant. J’ignore qui occupait cette fonction avant moi. Plus tard, j’ai aussi travaillé à la version allemande des Carnets d’Histoire parallèle (2002). »

Godefroy Troude : « L’émission était conçue à Paris. Comment était-elle perçue à Strasbourg ? »

Peter Gottschalk : « À Strasbourg, on était content qu’Histoire parallèle existe. Pour ARTE, l’Histoire est un sujet majeur car du moins à ses début cela touchait la génération des dirigeants de la chaîne : Jérôme Clément, fondateur d’ARTE, a perdu ses grands-parents à Auschwitz. Dietrich Schwarzkopf, premier vice-président d’ARTE, était soldat dans la Wehrmacht (décédé aujourd’hui, il avait été invité une fois dans Histoire parallèle). Mon collègue Jacques Laurent, directeur du documentaire d’ARTE GEIE, a eu son père, communiste, interné à Dachau et Bergen-Belsen, etc. Il était donc normal que la chaîne se penche sur l’Histoire. »

Godefroy Troude : « Histoire parallèle a j’imagine fait écho à votre histoire familiale… »

Peter Gottschalk : « Histoire parallèle et Marc Ferro sont entrés dans ma vie, se sont intégrés au fil rouge de la guerre qui faisait déjà partie dans ma vie. Mon histoire est complexe car je suis aussi historien et il y a encore deux ans j’ai écrit dans un livre un chapitre sur Theresienstadt. J’ai beaucoup travaillé sur le IIIᵉ Reich et la Shoah avant Histoire parallèle, et aussi après. C’est un fil rouge dans ma vie, comme journaliste, comme scientifique et comme auteur. Ce travail est lié à mon origine.

Je suis né dans une ferme, dans la forêt, à une vingtaine de kilomètres de Nuremberg. J’ai connu ce terrain où avaient lieu les assemblées de la NSDAP (parti National-Socialiste, ou parti Nazi). Je pouvais y aller à vélo. Cette rencontre avec des gens qui étaient des nazis, des criminels de guerre, c’était quelque chose de banal. Un de mes oncles était membre de la SS. On n’en a jamais parlé mais je pense qu’il était un criminel. Il s’est suicidé, à mon avis parce qu’à un moment il a compris ce qu’il a fait dans la vie. Et au-delà de ma famille, il y avait aussi mes instituteurs et professeurs qui étaient de la génération des soldats et officiers de la Wehrmacht et des membres de la SS. Mon premier lycée était dans une petite ville qui s’appellait Hersbruck, avec la vallée de la rivière Pegnitz surplombée par le Château Veldenstein où Göring a grandi, dont le propriétaire, Dr Hermann von Epenstein, était d’une famille juive. Le père de Göring était responsable dans la colonie de Namibie. Lorsque j’étais au lycée, j’étais allé avec ma classe à Nuremberg, au Palais de justice où s’est déroulé le procès de Nuremberg (où Marc Ferro et Klaus Wenger ont enregistré une émission d’Histoire parallèle, en 1996). Il a fallu que je devienne adulte, et même plus, pour comprendre tout ce qui s’était passé. J’ai écrit là-dessus.
En 1968 lors de ma première visite en France, j’ai rencontré place du Tertre, à Montmartre, des peintres allemands qui avaient fui le nazisme, puis avaient survécu à l’occupation et étaient restés là depuis. À cette époque l’Histoire et la guerre étaient encore très visibles. D’ailleurs, comme De Gaulle était toujours au pouvoir, je pensais que la France était une sorte de dictature démocratique.

Tout cela pour dire que la série Histoire parallèle s’est parfaitement intégrée dans ma biographie. C’est quelque chose que j’ai reçu dans mon âme. Les sujets traités par Marc Ferro dans l’émission étaient aussi mes propres sujets, mon histoire. »

4) Marc Ferro

Godefroy Troude : « Quels contacts aviez-vous avec Marc Ferro ? »

Peter Gottschalk : « Je l’ai rencontré plusieurs fois, trois ou quatre fois je crois. Je mesure 1m93, lui peut-être 1m75 (sourire). Il était charmant, toujours avec sa pipe ou une cigarette sans filtre (Gitanes ou Gauloises je crois).

Une fois c’était avec trois autres personnes à Baden-Baden dont Didier Deleskiewicz pour rencontrer le prestataire qui assurait la version allemande.
Une autre fois c’était à Strasbourg en 1996. Puis il a fait le trajet en voiture pour Nuremberg, quatre heures d’autoroute, avec Klaus Wenger pour enregistrer l’émission sur le procès de Nuremberg. Je connaissais bien Klaus Wenger, qui était directeur de la direction documentaire d’ARTE où je travaillais au début. Il est hélas décédé, en 2012 à 64 ans d’un cancer, juste avant sa retraite. Klaus Wenger et Marc Ferro étaient très différents. Klaus Wenger était jeune, toujours très sérieux, jamais décontracté, je ne l’ai presque jamais vu rigoler. A côté, Marc Ferro était sympa, il rigolait beaucoup.
Une fois on s’est vus en 1999 près de Berlin, au château de Genshagen au sud de Berlin, où Rudolf von Thadden avait été créée une institution franco-allemande, la Fondation Genshagen, pour une grande conférence avec Gerhard Schröder et Lionel Jospin. Marc Ferro était là aussi.
Au début, j’ignorais qu’il avait été résistant. Il était très discret là-dessus. Il n’y avait pas écrit sur son front : je suis résistant, je suis juif… Il était professeur (il a d’ailleurs commencé en Algérie) et je l’appelais amicalement « professeur ». Son sujet principal était l’URSS, Moscou, Staline. C’est bien plus tard que j’ai appris qu’il avait pris le maquis à 18 ans et que sa mère avait été déportée et tuée à Auschwitz.
Mon dernier contact avec lui a été à propos du documentaire Été 1939 réalisé par Mathias Haentjes (auteur de la trilogie : Été 1939, Hiver 1942/43 et Printemps 1945). Été 1939 montrait tout le monde aller à la plage ou à la piscine à quatre semaines seulement du début de la Seconde Guerre mondiale, et on s’interrogeait sur la situation, l’état d’esprit de cette époque. De nombreuses personnalités ont été interviewées, intellectuels, psychiatres, comédiens, et Marc Ferro en a fait partie. Il y a parlé du décès de sa maman à Auschwitz. On voulait faire une conférence de presse avec lui mais il ne pouvait hélas pas venir car atteint d’une maladie rénale qui l’obligeait à être dialysé chaque semaine.
Hier encore j’ai fait une présentation pour un groupe où j’ai parlé de Marc Ferro — l’éternel bénisse son âme ! — en montrant un extrait d’Histoire parallèle avec Gorbatchev à la fin des années 1990, un des rares cas où l’émission a quitté son studio pour aller en extérieur, dans un hôtel à Paris. Voilà, c’était mon histoire avec Marc Ferro. »

Godefroy Troude : « Aviez-vous eu connaissance du fait que Thierry Garrel ait souhaité faire remplacer Marc Ferro ? »

Peter Gottschalk : « Le nom de Thierry Garrel figurait au générique car c’est une tradition en France d’écrire le nom du responsable sur le générique de fin même si souvent il n’a pas participé. Thierry avait une idée très claire de ce que devait être un documentaire, avec une structure traditionnelle (dans un sens positif). Histoire parallèle était quelque chose qu’il n’a pas créé, qui fonctionnait tout seul avec sa propre équipe, des gens intéressants, et Marc Ferro qui avait son style. Je pense qu’il n’y avait même pas de validation de la part de Thierry Garrel. Je l’ai vu pour la dernière fois il y a 5 ou 6 ans pour une présentation à la BnF. À mon avis, Thierry Garrel était fier que cette émission soit dans son unité ».

5) Revoir Histoire parallèle aujourd’hui

Godefroy Troude : « J’aimerais aborder maintenant le présent et l’avenir, autour de trois problèmes. D’abord, autour de moi, personne ne connait Histoire parallèle : il faut que j’explique ce qu’était cette émission. Je souhaite que cette émission ne soit pas oubliée, et c’est la raison pour laquelle je fais cette série d’articles et d’interviews. »

Peter Gottschalk : « Vous pensez qu’Histoire parallèle est oubliée mais c’est parce que vous êtes jeune et que vos amis sont jeunes. L’émission est connue dans la communauté des historiens, et même chez les jeunes professeurs et universitaires. Elle n’est pas oubliée. Et nous en parlons tous les deux actuellement, donc elle n’est pas oubliée. Marc Ferro n’est pas non plus oublié : vous avez d’ailleurs mis dans votre article un lien sur sa nécrologie faite par le Président de la République Emmanuel Macron. Quand je parle de Marc Ferro je dis toujours qu’il était quelques fois le visage d’ARTE. Comme les autres présentateurs. Il n’est pas oublié ! »

Godefroy Troude : « Certes, mais je parle de la connaissance de l’émission par le grand public. Et des occasions de la faire connaitre ont à mon avis été ratées : par exemple il n’y a pas eu d’émission Rembob’INA (La chaîne parlementaire) consacrée à Histoire parallèle et ARTE n’a pas non plus rediffusé d’émission à l’occasion du décès de Marc Ferro. »

Peter Gottschalk : « Si ARTE n’a pas rediffusé d’émissions d’Histoire parallèle, c’était à cause des droits de diffusion. En 2001, lorsque l’émission s’est arrêtée, certaines personnes chez ARTE France, dont Thierry Garrel, avaient conscience d’avoir ce trésor qu’était Histoire parallèle. Mais les droits de diffusion de chaque émission n’avaient été négociés que pour une période de deux mois. Alors on a fait les Carnets d’Histoire parallèle, pour contourner ce problème des droits d’auteur.
Lors du décès de Marc Ferro, j’avais proposé que la chaîne lui rende hommage. J’avais regardé de nombreuses émissions d’Histoire parallèle pour choisir de quoi faire un hommage. Nous avions un documentaire de 50 mn environ dans lequel il parlait de l’Histoire et nous avions la série des Carnets d’Histoire parallèle. Nous avons décidé de diffuser à l’antenne le reportage et de mettre certains des Carnets sur le site d’ARTE. »

Godefroy Troude : « Le second problème est que l’INA ne conserve pas dans ses archives la totalité des émissions. J’ai eu confirmation par l’INA qu’il leur en manque effectivement environ 200. Et couvrant une période d’un grand intérêt historique puisqu’il manque quasiment tout 1939, la majeure partie de 1942, tout 1943 et quasiment tout 1944. Ce sont des émissions produites par La Sept (1989) mais aussi des émissions produites par ARTE (1992, 1993, 1994). »

Peter Gottschalk : « Normalement tout est archivé chez ARTE depuis son premier signal. Actuellement tout est sous forme de fichiers numériques mais au début les premiers enregistrements étaient sous forme de bandes. Il y avait aussi des enregistrements sur cassettes VHS, en vitesse lente, d’environ de 6 heures, pour toute une soirée, mais qui n’ont pas été conservés. Les masters des émissions, eux, ont été gardés et sont dans un centre industriel de stockage, en dehors des locaux d’ARTE. »

Godefroy Troude : « Enfin, le troisième problème est l’impossibilité aujourd’hui pour le grand public de revoir ne serait-ce qu’une seule de ces émissions, l’INA n’en proposant aucune sur son site, même sur son site payant Madelen. En tant que citoyen français il est difficilement compréhensible que des archives d’actualités, qui datent d’il y a 82 ans pour celles de 1939, et sont un témoignage de notre histoire collective bloquent ainsi la diffusion, ne serait-ce que des premières émissions d’Histoire parallèle. Et cela alors que certaines archives d’actualités américaines sont passées en domaine public. »

Peter Gottschalk : « Certes, certains pays ont effectivement levé les droits sur certaines archives. Mais Histoire parallèle est composé d’archives de plusieurs sources. Il faut analyser chaque émission pour déterminer quelles archives sont utilisées et pour chaque séquence si les droits sont levés ou non. Et ces archives, Newsreels, Wochenschau, etc. sont très chères. »

Godefroy Troude : « Concernant l’identification des droits à payer pour chacune des émissions, ce travail semble déjà réalisé. La documentaliste Pauline Kerleroux a conservé pour de nombreuses émissions le minutage de chaque archive utilisée. Il ne semble donc pas nécessaire de regarder chaque émission pour le déterminer.
Enfin la variété des sources dépend beaucoup de la période d’Histoire parallèle. 1) la trentaine de premières émissions n’exploitent que deux sources : la Bundesarchiv et les actualités françaises. 2) Ensuite, jusqu’en 1995 il y a un peu plus de sources, mais limitées aux actualités nationales des différents pays belligérants. 3) Enfin après 1995, là le nombre de sources d’archives devient énorme, mais on sort du fil rouge de l’Histoire. Les membres de l’équipe que j’ai interviewé estiment que pour la première période d’Histoire parallèle ce serait relativement simple, et dans une moindre mesure pour la seconde.
C’est un travail qui est surtout financier et du côté de l’INA. »

Peter Gottschalk : « Peut-être un jour pourrait-on créer une fondation, comme l’a fait Spielberg (en 1994 avec sa Shoah Foundation). À un moment, Histoire parallèle fera partie du patrimoine, comme un château, comme une ville, une fortification Vauban, un lac, la nature… Mais je ne suis pas un spécialiste du sujet. »

 

6) Notes

L’image illustrant cet article est une copie d’écran provenant de l’interview, sur laquelle j’ai ajouté le logo Arte et un sous-titre afin de permettre d’identifier visuellement le contexte de l’émission (il ne s’agit pas d’une interview diffusée par la chaîne Arte).

La retranscription de cette interview, réalisée en octobre 2021, a été intégralement relue et validée par le professeur Peter Gottschalk. Certains sujets, abordés à plusieurs moments de l’interview, ont été regroupés dans la retranscription écrite. D’autres points communiqués par M. Gottschalk ont été ajoutés dans la retranscription et sont absents de l’enregistrement brut initial de l’interview. L’entretien a duré 1h35.

 Support audio brut de l’Interview de Peter Gottschalk (extrait de 20 mn)

 

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