Greta Thunberg à l’ONU pour le Sommet Action climat

23/09/2019 : Déclaration de Greta Thunberg à l’ONU (photo Getty).

Greta Thunberg a fait une déclaration au Sommet Action climat de l’ONU, le 23 septembre 2019, sur invitation de son secrétaire général António Guterres. Ce dernier avait annoncé précédemment, à ses côtés : « Ma génération a une énorme responsabilité. C’est votre génération qui doit nous demander des comptes et s’assurer que nous ne trahissons pas l’avenir de l’humanité ». Greta Thunberg a prolongé les propos d’Antonio Guterres, dans la lignée de ses précédentes déclarations (COP24, Davos, Parlement britannique, Assemblée Nationale…).

Je retranscris ci-dessous sa déclaration traduite en français, non disponible à l’heure où j’écris ces lignes, ainsi que celles d’Antonio Guterres également traduites en français, ainsi que différents intervenants sur le climat.

Je terminerai par une analyse du traitement médiatique qui manque d’objectivité : s’écartant souvent du fond pour ne traiter que l’aspect émotionnel de façon conflictuelle (photos figées grimaçantes de Greta Thunberg), ne rapportant pas les propos importants d’Antonio Guterres, et opposant de façon caricaturale aux propos de Greta Thunberg des réponses d’Emmanuel Macron et Brune Poirson en réalité nettement plus nuancées.

Ci-dessous :
1) Déclaration intégrale de Greta Thunberg,
2) Déclarations d’António Guterres.
3) Réactions d’Emmanuel Macron, Brune Poirson et Laurent Fabius.
4) Le traitement médiatique.

 

1) Déclaration intégrale de Greta Thunberg


23/09/2019. Greta Thunberg au Sommet Action Climat (photo ONU)

Ci-dessous, intégralité de la déclaration de Greta Thunberg traduite en français. 4mn30 [MAJ : une vidéo sous-titrée français par l’AFP est accessible ici sur YouTube.]

« Mon message est que nous vous avons à l’œil (applaudissements dans la salle). Cela ne va pas du tout, je ne devrais pas être ici : je devrais être à l’école de l’autre côté de l’océan. Pourtant vous venez vers nous, les jeunes, pour apporter de l’espoir. Comment osez-vous ? Vous avez volé mes rêves et mon enfance avec vos paroles creuses, et encore je fais partie des personnes qui ont de la chance. Les gens souffrent, les gens meurent, des écosystèmes entiers s’effondrent. Nous sommes au début d’une extinction massive, et tout ce dont vous parlez c’est d’argent et du compte de fées de la croissance économique éternelle. (applaudissements) Comment osez vous ? (applaudissements)

Depuis plus de 30 ans [et non 50 dans la vidéo AFP] les faits scientifiques sont clairs. Comment osez-vous continuer à regarder ailleurs ? Et venir ici pour dire que vous en faites assez alors qu’il n’y a aucune politique ni solution à l’horizon ? Vous dites que vous nous avez entendus et avez conscience de l’état d’urgence mais – peu importe que je sois triste ou en colère – je ne peux pas y croire : car si vous aviez vraiment compris la situation et que vous restiez ainsi dans l’inaction, vous seriez diaboliques et je refuse de le croire (applaudissements).

L’objectif de réduire de moitié nos émissions en 10 ans ne nous donne qu’une probabilité de 50% de rester sous les 1,5°C, avec au (delà) un risque de réactions en chaine irréversibles échappant à tout contrôle. 50% c’est peut être acceptable pour vous, mais cela ne tient pas compte des seuils critiques, de la plupart des boucles de rétroaction, générant du réchauffement supplémentaire cachés par la pollution toxique de l’air, ni l’aspect d’égalité (entre les peuples) et de justice climatique. Cela ne tient pas compte du fait que ma génération devra aspirer de l’atmosphère des centaines de milliards de tonnes de votre CO2 avec des technologies qui existent à peine. C’est pourquoi un risque de 50% est simplement inacceptable pour nous, qui devrons vivre avec ces conséquences. Pour avoir 67% de chances de rester sous 1,5°C de réchauffement global, selon les meilleures prévisions du GIEC, le monde n’a plus droit d’émettre que 420 gigatonnes de CO2 au 1er janvier 2018. Aujourd’hui, cette estimation n’est déjà plus que de 350 gigatonnes. Comment osez-vous prétendre que ce sera résolu sans changer nos habitudes, rien qu’avec quelques solutions technologiques ?

Avec les niveaux d’émission actuels, notre budget restant d’émissions de CO2 sera entièrement atteint dans moins de 8 ans et demi. Je ne présenterai aucun plan ou solution aujourd’hui car ces chiffres sont trop gênants et vous n’êtes toujours pas assez matures pour voir les choses en face. Vous nous décevez collectivement. Mais la jeunesse commence à percevoir votre trahison. Les yeux de toutes les générations futures sont braqués sur vous et si vous choisissez de nous décevoir, je dis que nous ne vous le pardonnerons jamais (applaudissements).

On ne vous laissera pas vous en tirer comme ça. C’est ici et maintenant que nous fixons les limites. Le monde se réveille, et le changement arrive que cela vous plaise ou non. Merci (applaudissements). »

(traduction Godefroy Troude, complétée par la traduction AFP)

 

2) Déclarations d’António Guterres.

Antonio Guterres a fait trois déclarations relatives au climat.


21/09/2019 : Antonio Guterres s’adressant aux jeunes (extrait vidéo ONU)

Lors du premier « Sommet de la jeunesse pour le climat » de l’ONU, l’avant-veille, le Secrétaire Général de l’ONU Antonio Guterres, avait fait une déclaration : « Ma génération a une énorme responsabilité. C’est votre génération qui doit nous demander des comptes et s’assurer que nous ne trahissons pas l’avenir de l’humanité. » (Source ONU). Il était aux côté de plusieurs jeunes, dont Greta Thunberg.


Antonio Guterres et Greta Thunberg, Sommet de la jeunesse pour le climat (photo Getty AFP)

 


23/09/2019 : Antonio Guterres (photo ONU)

Ensuite, au « Sommet de l’ONU pour le climat » Antonio Guterres a déclaré « Nous avons l’obligation de tout faire pour mettre fin à la crise climatique […] Si nous ne changeons pas d’urgence nos modes de vie, nous mettons en péril la vie elle-même […] La science nous dit qu’avec notre trajectoire actuelle, nous devons faire face à un réchauffement global d’au moins 3°C d’ici la fin du siècle. Je ne serai pas là, mais mes petites-filles le seront. Et vos petits-enfants aussi. Je refuse d’être complice de la destruction de leur maison, et de leur seule maison […] Je ne serai pas un témoin silencieux du crime qui condamne notre présent et détruit [le] droit à un avenir durable [pour nos petits-enfants]. C’est mon obligation – notre obligation – de tout faire pour mettre fin à la crise climatique avant qu’elle n’entraîne notre fin. Le temps presse. Mais ce n’est pas trop tard. N’ayons pas peur d’être ambitieux, n’ayons pas peur d’accentuer la pression et, surtout, n’ayons pas peur de sans cesse rappeler la vérité et la réalité de la situation. […] Ce n’est pas un sommet sur le climat. Nous avons assez discuté. Ce n’est pas un sommet de négociation sur le climat car nous ne négocions pas avec la nature. C’est un sommet d’action sur le climat. » (source ONU).

 

24/09/2019,  Antonio Guterres (Photo ONU)

Enfin, le lendemain, à l’occasion de l’ouverture de l’Assemblée générale des Nations Unies, Antonio Guterres a déclaré : « Nous vivons dans un monde d’inquiétude. Un grand nombre de personnes craignent d’être piétinées, contrariées, laissées pour compte. […] Les combustibles fossiles prennent leur avenir. […] Comme nous l’avons souligné au Sommet pour l’action sur le climat d’hier, l’urgence climatique est une course que nous perdons – mais c’est une course que nous pouvons gagner si nous nous changeons maintenant. Même notre langage doit s’adapter : ce que l’on appelait autrefois le « changement climatique » est devenu une « crise climatique ». Et ce que l’on appelait « réchauffement global » (global warming) est devenu plus précisément le « chauffage global » (global heating). Nous assistons à des températures sans précédent, à des tempêtes sans fin et des faits scientifiques qui ne sont plus contestables. Il y a dix jours, aux Bahamas, j’ai vu la ruine causée par l’ouragan Dorian. Ces séquelles ne sont qu’un prélude à ce que prévoient les scientifiques. Mais quelque chose d’autre est en route : des solutions. Le monde commence à se déplacer – pas encore assez vite, mais dans la bonne direction – pour s’éloigner des combustibles fossiles et se tourner vers les opportunités d’une économie verte. Le Sommet sur le climat a mis en lumière certaines des solutions à mettre en œuvre pour réduire considérablement les émissions, maintenir la température à 1,5 ° C et atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Mais nous n’y sommes pas encore. Nous devons poursuivre sur cette lancée et faire beaucoup plus pour pouvoir vaincre le changement climatique. »

(extraits de la déclaration concernant le réchauffement climatique, traduction Godefroy Troude)

Texte original : « We are living in a world of disquiet. A great many people fear getting trampled, thwarted, left behind.[…] Fossil fuels take their future.[…]As was emphasized at yesterday’s Climate Action Summit, the climate emergency is a race we are losing – but it is a race we can win if we change our ways now. Even our language has to adapt: what once was called “climate change” is now truly a “climate crisis”. And what was once called “global warming” has more accurately become “global heating”. We are seeing unprecedented temperatures, unrelenting storms and undeniable science. Ten days ago, in the Bahamas, I saw the ruin caused by Hurricane Dorian. That aftermath is a mere prelude to what science tells us is on its way. But something else is on its way: solutions. The world is starting to move — not yet fast enough but move in the right direction — away from fossil fuels and towards the opportunities of a green economy.The Climate Summit highlighted some of the solutions we need to scale up in order to dramatically reduce emissions, keep temperature rise to 1.5°C and reach carbon neutrality by 2050. But we are not yet there. We must build on this momentum and do much more to be able to defeat climate change.« (déclaration complète sur le site de l’ONU).

 

3) Réactions d’Emmanuel Macron, Brune Poirson et Laurent Fabius

 

24/09/2019 : Emmanuel Macron sur Europe 1 (36 secondes)

Brève réaction d’Emmanuel Macron (36 secondes), interrogé par Europe 1 lors d’un déplacement :  » Toutes les mobilisations de notre jeunesse ou des moins jeunes sont utiles. Mais il faut qu’elles se concentrent maintenant sur ceux qui sont le plus loin, ceux qui essaient de bloquer. Je n’ai pas le sentiment que le gouvernement français ou le gouvernement allemand, aujourd’hui, sont en train de bloquer. Quand je vois qu’on va fermer l’ensemble de nos activités charbon, qu’on stoppe l’exploitation d’hydrocarbures, qu’on est en train de bouger, je ne suis pas sûr que ce soit en effet la voie la plus efficace. Je pense surtout maintenant qu’on a besoin [d’une] une jeunesse qui nous aide à faire pression sur ceux qui bloquent, en se mobilisant, et qui aussi participe à des actions très concrètes. Il y a des tas d’actions citoyennes qui sont utiles. Là… des positions très radicales, c’est de nature à antagoniser nos sociétés »

Ecouter l’intégralité de l’enregistrement sur DailyMotion.

 


24/09/2019 : Brune Poirson sur France Inter (photo France Inter)

Réaction de Brune Poirson, Secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, et Vice-présidente de l’Assemblée des Nations unies pour l’environnement, interviewée sur France Inter.

– Léa Salamé : « Greta « Thunberg va trop loin ? »
– Brune Poirson : « Non pas nécessairement. Je pense qu’il est nécessaire d’avoir des gens qui éveillent les consciences […] C’est utile, cela fait partie des grands discours de vérité qu’il faut avoir à certains moments. Je ne vais pas comparer Churchill à Greta Thunberg. Churchill a tenu un discours de vérité à un certain moment, sauf qu’au bout du tunnel il y avait la victoire, il y avait l’espoir, il y avait des solutions concrètes. Là, Greta Thunberg c’est bien, c’est important, elle mobilise, mais quelles sont les solutions qu’elle met sur la table ? Je ne sais pas. »
– Léa Salamé : « Vous avez l’impression qu’elle a des discours de haine ? »
– Brune Poirson : « Non je n’ai pas cette impression là, et je ne dis pas ça. Ce qu’elle fait est utile. On a besoin qu’elle nous pousse dans le XXIème siècle. Ce que je dis simplement c’est qu’il faut faire attention à ne pas créer des fossés qu sont irrémédiables et infranchissables dans la société […]. [Si j’avais Greta Thunberg en face de moi] je lui dirai d’abord « Continue ! Il faut mobiliser, il faut éveiller les consciences, il faut pousser à l’action parce qu’il y a des Etats sur lesquels il faut faire pression ». Mais ce que je lui dirai aussi c’est « Viens Greta, on s’assied autour de la table, on se retrousse les manches et comment on fait ? »

Consulter l’interview intégrale sur YouTube.

 


25/09/2019 : Laurent Fabius, sur France Inter (photo France Inter)

Réaction de Laurent Fabius, ancien président de la président la Conférence de Paris de 2015 sur le climat (COP21), ancien premier ministre et président du Conseil Constitutionnel, interviewé sur France Inter.

– Laurent Fabius : « J’étais là [au sommet de l’ONU pour le Climat] à côté du Vice-Président Al Gore, et ai écouté le discours de Greta Thunberg. Elle a tenu des propos très sévères qui n’ont pas été bien accueillis dans la salle mais la situation elle-même est très sévère. Je ne voudrais pas qu’on passe son temps à savoir si elle a eu raison d’utiliser tel ou tel mot. Ce qui est sûr c’est que la situation qu’elle décrit est gravissime ! […] Claude Levi-Strauss dans « Tristes tropiques » écrit à la fin [de son livre] « Le Monde a commencé sans l’Homme et il est probable qu’il se poursuivra sans lui ». 99% du temps de l’histoire du monde s’est faite sans l’Homme. Il s’agit de savoir si on se met dans une situation où il y a un futur, ou bien si l’on démolis les conditions de vie de l’humanité ! […] Sur le plan international, il est indiscutable que la France est considérée comme un leader qui porte beaucoup d’idées, et c’était encore vrai dans les discours du président Macron avant-hier. »
– Léa Salamé : « Attaquer la France juridiquement, ce n’est pas un peu bizarre ? »
– Laurent Fabius : « Je pense qu’il faut utiliser toute les armes, notamment l’arme du droit. »

Consulter l’interview intégrale sur YouTube.

4) Le traitement médiatique


Divers sites Internet de presse (montage Godefroy Troude)

Le traitement médiatique m’a semblé manquer d’objectivité : s’écartant souvent du fond pour ne traiter que l’aspect émotionnel de façon conflictuelle (photos figées grimaçantes de Greta Thunberg), ne rapportant pas les propos importants d’Antonio Guterres, et opposant de façon caricaturale aux propos de Greta Thunberg des réponses d’Emmanuel Macron, Brune Poirson ou Laurent Fabius qui sont en réalité nettement plus nuancées quand on les écoute intégralement (voir plus haut).

Pourtant :
– Le discours de Greta est peu éloigné de celui du secrétaire général de l’ONU : « Ma génération a une énorme responsabilité. C’est [aux jeunes de] nous demander des comptes et s’assurer que nous ne trahissons pas l’avenir de l’humanité. […]  Si nous ne changeons pas d’urgence nos modes de vie, nous mettons en péril la vie elle-même […] Je refuse d’être complice de la destruction de [la planète de nos petits-enfants] Je ne serai pas un témoin silencieux du crime qui condamne notre présent et détruit leur droit à un avenir durable. […] Les combustibles fossiles prennent leur avenir. »
– L’attaque pour inaction contre laquelle s’offusquent les médias aujourd’hui, est pourtant la même qui avait été relayée il y a près d’un an par la pétition « L’affaire du siècle » et plus de ses 2 millions de signataires. Je n’avais pas vu à l’époque de médias traiter les pétitionnaires d’hystériques.

Il est facile derrière son clavier de se moquer de l’emportement relatif d’une adolescente de 16 ans s’exprimant dans une langue étrangère, dans la plus haute instance politique mondiale, devant près d’un millier de représentants gouvernementaux et probablement plusieurs centaines de millions de téléspectateurs. Ses quelques instants de colère sur les quatre minutes de sa déclaration témoignent simplement de sa sincérité et son implication.

Il est fallacieux de croire pouvoir balayer ses arguments sous prétexte qu’elle est manipulée.
– Non seulement ses actions depuis plus d’un an ne peuvent qu’inspirer le respect et témoignent de son engagement : grève scolaire quotidienne pour siéger devant le parlement suédois pendant l’été 2018 (puis chaque vendredi depuis le 9 septembre), puis elle prend la parole au TEDx de Stockholm le 24 novembre, à la COP24 le 4 décembre, au forum de Davos en janvier 2019 (après 32 heures de train), au parlement européen le 16 avril, rencontre le pape François le 17 avril, prend la parole au parlement britannique le 23 avril, à l’Assemblée Nationale le 23 juillet, puis hier à l’ONU après 14 jours de traversée de l’Atlantique en bateau à voile.
– Mais surtout, invoquer la manipulation n’enlève pas l’évidence de son discours : elle ne fait que sensibiliser l’opinion aux constatations et prévisions dramatiques du GIEC.

Greta Thunberg est au contraire un modèle de courage et d’exemplarité. Que ceux qui à 16 ans étaient capables de faire ce qu’elle fait lui jettent la première pierre. Elle est également nettement plus lucide que ses détracteurs sur la réalité du réchauffement climatique et ses conséquences.

Heureusement en France on n’a pas les pires des médias : qualification obscène de « suédoise malade mentale manipulée par ses parents et les gauchistes de l’étranger » sur FoxNews, ou « Au lieu de parler des solutions, l’ONU donne la parole à une adolescente hystérique » sur SkyNews, ou encore caricatures délirantes de manipulations communistes

 

[MAJ du 05/10/2019 : « Notre maison brûle et ils regardent Greta » titre Samuel Gontier dans sa chronique hebdomadaire « En léger différé » (Télérama n°3638 02/10/2019). Sa revue de presse des réactions aux déclarations de Greta Thunberg s’achève ainsi : << Réaction de Charlotte d’Ornellas : « Le seul acte qu’ait posé cette fille, c’est de ne plus aller à l’école et d’encourager toute la jeunesse à faire pareil. La question de l’endoctrinement se pose, comme avec les endoctrinements d’autres totalitarismes. » [Et Samuel Gontier de conclure :] Comme avec les endoctrinements de beaucoup d’éditorialistes. >>

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