Apollo 11 : 1) La course à l’espace


Couverture de Time Magazine, décembre 1968*

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, les deux super-puissances États-Unis et URSS allaient s’opposer dans une « Guerre froide » de près de 50 ans, dont l’une des conséquences majeures fut la « Course à l’espace ».

Débutant en 1957 avec la mise sur orbite de la sonde Spoutnik, culminant en 1969 avec les premiers pas de l’Homme sur la Lune de la mission Apollo 11, cette course à l’espace s’acheva en 1975 par la poignée de main historique du vol Apollo-Soyouz.

Dans cet article :
1) Chronologie.
2) Communication et propagande.
3) Pour en savoir plus.

 

1) Chronologie.

Ci-dessous, chronologie simplifiée, expliquant le contexte du programme Apollo, avec un rappel préalable des faits majeurs de la guerre froide.

1945. Première bombe nucléaire, à fission, dite « bombe-A« , établissant la suprématie militaire des USA après les bombardements de Hiroshima et Nagasaki. En 1949, l’URSS à son tour met au point sa première bombe-A.
1952. Première bombe thermonucléaire, à fusion, dite « bombe-H », beaucoup plus puissante que la fission. En 1956, l’URSS à son tour met au point sa première bombe-H.
1957. Première mise sur orbite d’un satellite, Spoutnik 1. Aux États-Unis, ce lancement fit craindre d’être la cible de missiles nucléaires soviétiques. Création de la NASA et du programme Mercury.
1957. Premier être vivant à être envoyé dans l’espace, la chienne Laïka, avec Spoutnik 2.
1959. Première sonde à survoler la Lune : Luna 1
1959. Première sonde à atteindre la Lune : Luna 2
1961. Premier homme sur orbite : Youri Gagarine sur Vostok 1. Un mois plus tard le président Kennedy annonce le projet d’atteindre la Lune** d’ici la fin de la décennie, lance les programmes Gemini et Apollo. Et près d’un an plus tard John Glenn devient le premier américain en orbite.
1962. Première sonde à survoler Vénus : Mariner 2
1963. Première femme sur orbite : Valentina Terechkova sur Vostok 6.
1964. Premier équipage en orbite : 3 hommes, sur Voskhod 1.
1965. Premier homme à effectuer une sortie extra-véhiculaire : Alexeï Leonov sur Voskhod 2;
1965. Première sonde à survoler Mars : Mariner 4.
1966. Première sonde à se poser en douceur sur la Lune : Luna 9.
1966. Première sonde à atteindre une autre planète (Vénus) : Venera 3.
1966. Premier rendez-vous orbital entre deux vaisseaux : Gemini 8.
1968. Premiers hommes quittant l’orbite terrestre, se mettant en orbite Lunaire, observant la face cachée de la Lune et effectuant une rentrée atmosphérique à très haute vitesse : Apollo 8.
1969. Premiers hommes à marcher sur la Lune : Neil Armstrong et Buzz Adrin sur Apollo 11.
1970. Première sonde à atterrir sur une autre planète (Vénus) : Venera 7
1971. Première sonde à atterrir sur Mars : Mars 3.
1971. Première sonde à pénétrer dans la ceinture d’astéroïdes, puis ensuite survoler Jupiter et quitter le système solaire interne : Pioneer 10.
1975. Premier rendez-vous orbital entre deux vaisseaux de de nations différentes : Mission Apollo-Soyouz (avec poignée de main en orbite terrestre entre équipages américains et soviétiques).

 

Pour mémoire, classement des autres pays :

1965. France, 3ème pays à réussir une mise en orbite avec son propre lanceur : Astérix
1970. Japon, 4ème : Osumi
1970. Chine, 5ème : Dong Fang Hong I
1971. Royaume-Uni, 6ème : Prospero
1971. Union Européenne : CAT-1, également appelé Obélix.
1980. Inde, 7ème : Rohini 2
1988. Israël, 8ème : Ofek-1

Plus de détails sur l’historique des premiers vols orbitaux par pays sur Wikipedia.

2) Communication et propagande.

URSS et USA avaient des approches de communication très différentes.

URSS

La transparence n’est pas une caractéristique des dictatures et cela se vérifiait dans le domaine spatial soviétique : ils ne communiquaient qu’après coup et s’autorisaient parfois quelques arrangements avec la réalité. Ainsi certains échecs pouvait devenir des réussites par requalification de la mission (ex : le satellite Spoutnik 7 était en fait l’échec d’envoi d’une sonde prévue pour Vénus, ou la station Saliout-2 qui n’avait en fait accueilli aucun équipage), requalifications qui ne furent connues que 30 ans plus tard, à la chute de l’URSS. Le culte du secret touchait jusqu’au sommet du programme spatial soviétique, dont le nom du responsable, Sergueï Korolev, ne sera révélé qu’à sa mort (alors que côté américain la personnalité de Wernher von Braun était médiatisée). Ce secret était en partie lié au fait que le programme spatial soviétique était couplé au programme militaire de missiles intercontinentaux. Alors que côté américain, la création de la l’agence spatiale civile NASA en 1958 avait séparé clairement les activités spatiales civiles des activités militaires.

Les soviétiques ont laissé des affiches de propagande visuellement magnifiques.


1961. « Gloire au premier Cosmonaute, Yuri Gagarine !” (affiche soviétique)

 


1961 ? « Notre triomphe dans l’espace est un hymne à la nation soviétique » (affiche soviétique)

 


1961. « Pour la gloire du communisme ! » (affiche soviétique)

 


1962. « Gloire aux soviétiques, pionniers de l’espace ! » (affiche soviétique)

 


1962 ? « Au nom de Lénine ! » (affiche soviétique)

 


1962 ? « Soyez fiers, soviétiques ! Vous avez ouvert la voie depuis la Terre vers les étoiles ! » (affiche soviétique)

 


1967 « Léline a vécu, Léline vit, et Léline vivra toujours ! » (affiche soviétique)

 

 

USA

Les américains travaillaient en transparence, communiquant à l’avance les dates des missions, organisant l’accueil des journalistes sur les sites de lancement et alimentant les médias avec des dossiers de presse aussi techniques que détaillés (250 pages pour celui d’Apollo 11). Les succès – et les échecs – étaient connus immédiatement, parfois en direct à la radio ou télévision. Cette transparence servait également à justifier l’emploi du budget démesuré collecté auprès des contribuables américains.


1969. Dossier de presse Apollo 11 (source NASA)

Le niveau de détail est impressionnant :
– page 68 : méthodologie de la quarantaine au retour de la Lune.
– page 75 : les différents moments d’annulations de mission.
– page 77 : équipement TV et photographique.
– page 123 et suivantes : les menus des astronautes.
– page 133 : trousse médicale et trousse de survie sur Terre.
– page 136 : entrainement.
– page 138 : Curiculum vitae très détaillé, avec salaire, nom et date de naissance des enfants et épouse.
– page 167 : refroidissement de la tour de lancement « Water Deluge System ».
– page 169 : débits numériques entre les centres de contrôle. Détails pour les geeks : « les ordinateurs du centre spatial Goddard distribuent et synchronisent automatiquement données et commandes vers les sites distants via des lignes à haute vitesse (2 400 bit/seconde), qui peuvent également être envoyées par téléscripteur à la vitesse de 100 mots/minute. »
– page 175 : carte des relais satellite pour transmission des informations, et ordinateurs de réseaux.
– page 184 à 191 : Apollo back contamination program.
– page 192 à 217 : Curiculum vitae des intervenants (dont Wernher von Braun p. 201 et ses collègues de Peenemunde).
– page 218 et 219 : constructeurs et sous-traitants
– page 220 à 241 : chercheurs ayant travaillé sur le projet
– pages 242 à 248 : glossaire et acronymes


1972. Vue générale de la mission, dossier de presse Apollo 16 (source NASA)


1972. Schéma de la descente lunaire, dossier de presse Apollo 16 (source NASA)


1969. Menus de Neil Armstrong, dossier de presse Apollo 11 (source NASA)

 

Côté américain, peu d’affiches de propagandes comme il en existe à foison côté soviétique. Seules quelques illustrations « hyper-réalistes » ont été commandés par des magazines, comme cela se faisait à l’époque dans la presse (pour compenser la mauvaise qualité d’impression des photographies). Ainsi Norman Rockwell a réalisé des illustrations dans le magazine « Look » n°8 en 1965 et le magazine The Saturday Evening Post en 1969 :


1965. Gemini 3, par Norman Rockwell (magazine Look n°8, illustration recadrée)


1969. « Behind the Moon », par Norman Rockwell (magazine The Saturday Evening Post)

Le plus marquant était peut-être la collaboration entre Walt Disney et Wernher von Braun, directeur du centre de vol spatial de la NASA, qui a aboutit à de nombreuses émissions télévisées éducatives pour sensibiliser les jeunes (et moins jeunes) américains à l’exploration spatiale.


1954. Walt Disney et Wernher von Braun (photo NASA)

Par exemple « Man in Space » en 1955 (VO non sous-titrée) :

..et surtout « Trip around the moon », toujours en 1955 (VO non sous-titrée) :

 

3) Pour en savoir plus.

– Article « La course à l’espace », sur Wikipedia.
– Article « La guerre froide », sur Wikipedia.
– Dossiers de presse de chaque mission Apollo, sur Nasa.gov.
– Film « L’étoffe des héros », de Philip Kaufman (1983) retraçant le programme Mercury.

 

Notes :
* les illustrations de cette page sont d’époque et ont été nettoyées par mes soins. Elles correspondent aux meilleures disponibles sur le Web au moment de la rédaction de l’article.
** le discours de Kennedy annonçant l’envoi de l’homme sur la Lune date du 25 mai 1961 devant le congrès américain. Son discours le plus connu et inspiré est néanmoins celui du 12 septembre 1962 au stade de l’Université Rice près de Houston. L’intégralité de son discours, retranscrit et traduit en français est accessible ici.

 


Cet article fait partie d’une série consacrée à Apollo 11 :
1) La course à l’espace
2) Les préalables Mercury et Gemini
3) 1952-1962 : Les différents projets lunaires
4) 1963-1966 : Les constructions
5) 1966 : Le projet de mission lunaire en images
6) 1967-1969 Les vols de qualification
– 7) 1969 : La mission Apollo 11 en photos (en cours)
8) Le journal de la surface lunaire
9) Interview de Neil Armstrong
Apollo 11 : un discours déjà très moderne sur l’environnement

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