Aérien : un impact climatique dramatiquement sous-évalué, incompatible avec les +2°C de l’Accord de Paris


Émissions CO2 par trajet (image extrait de l’étude, enrichie par G. Troude)

Les dégagements de gaz à effet de serre de l’aviation sont régulièrement présentés comme comparables au routier, sur la base d’émissions au kilomètre. Une vision tronquée étant donné qu’on parcourt des distances bien plus importantes en avion qu’en voiture.

Pour la première fois à ma connaissance une étude quantifie précisément le problème, en effectuant la comparaison par heure de trajet, et – pire – par trajet moyen : non seulement les émissions sont plus importantes qu’en voiture mais l’avion émet 1500 fois plus de gaz à effet de serre que le train !

Des émissions incompatibles avec les engagements de l’Accord de Paris sur le Climat (COP21) pour contenir l’augmentation de la température moyenne à +2°C, dont les effets sont déjà dramatiques par rapport à 1,5°C.

Et ce n’est pas tout. hélas.

« Les émissions de CO2 ne représentent qu’une partie de l’impact climatique de l’aviation. Parmi les autres effets les plus significatifs, les oxydes d’azote (NOx) émis dans la haute atmosphère […] ainsi que les traînées de condensation et les cirrus (nuages de la haute atmosphère) qui ont tous deux un effet réchauffant. […] Il conviendrait donc de multiplier par deux l’ensemble des chiffres indiqués dans cet article pour mieux refléter l’impact climatique de l’aérien comparé aux autres modes. »

Plus globalement :

« Au-delà du débat sur la fiscalité se pose la question de la durabilité de ce mode de déplacement. On questionne la pertinence de maintenir les lignes aériennes en Europe, voire la responsabilité des voyageurs, dans le sillage des Suédois qui se détournent de plus en plus de l’avion sous l’effet de la taxation des billets et de l’émergence de la « honte de voler ». »

Je vous invite à lire en détail cette étude solidement argumentée, réalisée par Aurélien Bigo, doctorant sur la transition énergétique dans les transports à l’École polytechnique, et accessible ici :

« Impact du transport aérien sur le Climat : pourquoi il faut refaire les calculs »

A titre personnel, à la maison, en 2018 on a arrêté l’avion. Nos voyages 2019 et 2020 sont planifiés en train. Quel plaisir peut-on avoir à voyager ainsi lorsqu’on a conscience de contribuer autant au réchauffement climatique ? Au delà de l’adaptation des modes de transport on peut adapter la finalité des voyages : on peut aller loin en train : Amsterdam, Londres, Milan, Venise (l’arrivée en train de nuit est inoubliable !)… Et la France est un pays magnifique et varié. Un français sur trois n’a pas les moyens de partir en vacances, alors on ne va pas se plaindre de ne voyager qu’en Europe.

L’article est repris par :
– « Impact du transport aérien sur le climat : pourquoi il faut refaire les calculs » (The Conversation, 8/05/2019)
– « Prendre l’avion pollue encore plus qu’on ne l’imagine » (Slate, 8/05/2019)
– « Avions : leur impact sur le climat est bien plus mauvais qu’on ne le pense » (Science & Vie, 09/05/2019)
– « Impact du transport aérien sur le climat : pourquoi il faut refaire les calculs » (Sud-Ouest, le 10/05/2019)
– « Impact du transport aérien sur le climat : pourquoi il faut refaire les calculs » (Info du jour, le 11/05/2019)
– « L’avion émet 1.500 fois plus de CO2 que le train » (Reporterre, le 15/05/2019)
– « Climat : quand l’Etat et les collectivités locales privilégient l’avion à la transition » (Le courrier des maires, 15/05/2019)

 

[MAJ du 16/05/2019]

Le Monde est petit : j’ai visité hier la très intéressante exposition itinérante « Le train du Climat« , où j’ai pu discuter avec le conférencier qui la présentait. Évoquant au cours de notre discussion l’étude enrichissante sur les émissions de CO2 sous-évaluées de l’aviation (dont je parlais il y a quelques jours sur Facebook et ce Blog), j’ai eu la surprise de découvrir que j’en avais l’auteur devant moi, Aurélien Bigo ! Cela valait bien une petite photo !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *