L’endurance au quotidien – Marc Lecacheur

Marc Lecacheur, triathlète, est accompagnateur montagne pour des treks culturels ou sur la vie animale, en France (Préalpes, Alpes du Nord), et étranger (Afrique du Sud, Iran, Oman, Norvège et Irlande). Il est également moniteur VTT pour adolescents. Dans cette vidéo de 58 minutes, il nous parle de sa pratique personnelle du vélo et de la course à pied.

Dans cet article :
1) Le vélo, mode de locomotion familial
2) Vélo : La grande Draille
3) Vélo : Grenoble / Saint-Raphaël en solo
4) Course à pied : Monaco / Grenoble en solo

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L’interview vidéo de 58 minutes est accessible ici ou sur l’image ci-dessus. Ci-dessous, retranscription écrite de l’interview.

Entretien réalisé le 9 août 2021 à Saint-Raphaël.

Itinéraires de Marc Lecacheur (illustration GTR)

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1) Le vélo, mode de locomotion familial

Marc Lecacheur : « Le vélo, c’est le mode de locomotion prioritaire de notre famille. Nos enfants vont à l’école à vélo depuis l’âge de 3 ans : 2 km aller, 2 km retour, tous les jours qu’il pleuve qu’il vente ou qu’il neige. Pour faire nos courses on a à 2 ou 3 km un maraîcher, un supermarché où on achète du bio si l’on peut, et d’autres commerces à proche distance.
Tous nos déplacement locaux sont à vélo, et plus ça va, plus le local s’étend : on peut aller jusqu’à 40 km (donc 80 km aller/retour). Ça change évidemment l’organisation, on perd du temps par rapport à la voiture, mais c’est une approche totalement différente qui est très pertinente pour moi en repérage de randonnée.
Depuis mes 10 ans, le vélo est mon mode de déplacement liberté. À l’adolescence j’ai un peu perdu le contact mais c’est revenu à l’âge adulte en devenant un mode de vie et de revendication, d’un autre système de pensée, de droit à la lenteur. Même si, quand on roule beaucoup, on est agressés quasiment quotidiennement par des automobilistes.
Mais tout cela est relatif : quand on est allés en Iran, j’ai été frappé d’apprendre que des femmes étaient arrêtées simplement parce qu’elles faisaient du vélo ! Là-bas, chaque femme qui avait le courage d’être à vélo en ville était aussi une femme qui militait pour un droit d’égalité, parce qu’elle pouvait être arrêtée à tout moment et mise en garde à vue. Et beaucoup de femmes étaient harcelées pour ne pas faire de vélo. Nous, on est des petits joueurs quand on se sent opprimés par le manque ce civisme des automobilistes (1). »

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2) Vélo : La grande Draille

Godefroy Troude : « Qu’est-ce que La grande Draille ? »

Marc Lecacheur : « Depuis 3 ans on organise avec deux autres amis un évènement à vélo gratuit, sans compétition ni logistique, La grande Draille. On relie Grenoble et le sud de la France en suivant les chemins de transhumance des troupeaux, quand ils redescendent de la montagne pour rejoindre la Provence. Ce n’est pas une compétition mais il faut bien rouler : on fait trois journées avec 160 à 170 km par jour, principalement en piste forestière, avec des vélos un peu hybrides qui sont les Gravels, la mode actuelle chez les cyclistes.
Et via cet évènement, on crée des réseaux de rencontres avec des cyclistes : des gens exceptionnels d’un peu partout en France, de milieux variés, et avec des vélos uniques car construits par eux-mêmes à partir de pièces hétéroclytes. On n’est pas dans la mode du dernier vélo rutilant. Et une pratique qui emprunte ces sentiers un peu oubliés qui sont ni très bien pour le VTT ni géniaux pour la randonnée, ce que Sylvain Tesson appelait Les chemins noirs, ces pistes et routes signalées sur les cartes IGN et qui sont très roulantes pour ce type de vélo et où il n’y a personne. Le vélo est symptômatique de ce que j’aime faire aujourd’hui : faire plein de kilomètres, traverser des territoires, sans subir la circulation, et se regrouper entre adeptes sympas du vélo alternatif. Je n’ai jamais adhéré aux cuissards rose-fluo et aux vélos à 5 000 €. J’apprécie qu’on se retrouve avec des vélos de récupération. On ne copie pas le tour de France, mais on crée une tendance qui rejoint d’autres mouvements. Il y a beaucoup de graphistes dans ce type de cyclisme, de gens qui sont dans l’esthétisme, le milieu culturel, qui expriment sur le vélo une différence vestimentaire sympa.
J’aime ces parcours qui permettent d’atteindre la mer. C’est un objectif extraordinaire. Notre grande Draille c’est relier la mer depuis le pas de notre porte, et si possible s’y baigner avec un sentiment de liberté totale. Tu es arrêté par un élément que tu ne peux pas franchir mais tu es allé au bout de la route et tu as une récompense. »

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3) Vélo : Grenoble / Nice en solo

Godefroy Troude : « Et ta pratique personnelle ? »

Marc Lecacheur : « Je jongle entre Grenoble et mon boulot sur la côte d’Azur. Et je me suis dit qu’au lieu de prendre le train ou la voiture, pourquoi ne pas faire le trajet à vélo ? Cela fait un peu d’exercice physique et c’est un trajet intéressant, alliant l’utile à l’agréable, parce que faire du vélo c’est agréable mais c’est aussi utile pour ton corps.
Ainsi l’année dernière j’étais parti de Nice, où je travaille souvent l’été, pour rejoindre mes filles et ma compagne à Grenoble. Au départ je m’étais dit que je verrai bien le temps que je mettrai, que je ne le ferai peut-être pas en une journée. Et plus j’avançais plus je me disais que c’était possible car j’avais fait un peu de Trail et de Triathlon les années précédentes. Et finalement, une fois arrivé, je me suis dit qu’on se dépasse un peu mais ce n’est pas un exploit. On va juste un peu au-delà de ses limites. »

Godefroy Troude : « Mais ce n’est pas parce que ce n’est pas un record qu’on ne peut pas détailler un peu… C’est quand même un sacré effort ! Ça faisait combien de kilomètres ? Et ce n’est pas du plat… »

Marc Lecacheur : « Ici ça faisait 350 km. Ça peut fait beaucoup pour les personnes qui considèrent que 50 km c’est le bout du monde, mais pour d’autres… Il y a cette course sur le circuit des 24 heures du Mans où des cyclistes vont rouler plus de 700 km, c’est incroyable ! On est toujours sujet à ces échelles où nos limites ne sont pas celles des autres. Et là, c’était 3 km de dénivelés. Ce n’est pas du plat mais ce n’est pas l’Everest non plus. »

Godefroy Troude : « Et tu as emprunté la Route Napoléon ? »

Marc Lecacheur : « J’en prends un bout. Je ne cherche pas du tout à éviter les axes, car à la fin du trajet je travaille le lendemain ! Il faut que je sois en forme ! Donc je prends ce grand axe secondaire que prennent beaucoup de vacanciers, et je me retrouve dans des bouchons de véhicules de vacanciers mais que j’occulte totalement en les doublant pendant des dizaines de kilomètres. Et c’est une drôle de situation quand une voiture sur cinq à des vélos sur le coffre ! Le bouchon pour moi c’est un cauchemar, l’auto-asservissement à la machine, et en plus tu y restes des heures car comme des milliers d’autres tu as choisi de partir au même moment par la même route. Les gens te voient passer, parfois ils te voient 5 fois, ils ont leur vélo sur le coffre, et ils te croisent parfois aux haltes : ah, on vous a vu il y a 200 km, on t’a croisé, t’es déjà là ? On t’a vu passer et on s’est dit « il a tout compris, lui ! ». Certains pensent aussi « Il est fou, il va se faire écraser ». On est un peu un message publicitaire : « Réfléchissez un peu, vous pourriez être à ma place ! » et tu es un peu fier. Évidemment mathématiquement tu sais que toutes les 25 bagnoles tu sais qu’il y en a une qui va te frôler un peu plus que d’habitude et te mettre en danger, et que si tu l’invectives il va en plus t’agresser…

VTT en Isère (photo Marc Lecacheur)

J’ai fait deux fois le trajet Grenoble Saint-Raphaël. Environ 300 kilomètres. L’année dernière je m’étais programmé un arrêt au lac de Sainte-Croix pour y dormir et m’y baigner le matin. Je n’avais pas pris de tente, juste mon duvet et mon matelas.
Cette année j’ai fait le trajet d’un coup : quand tu as fait les 225 premiers kilomètres jusqu’au lac, si tu as bien géré ton effort tu sais que ton corps peut faire les 75 km qui restent, il n’est plus à ça près. C’était long et fatiguant mais le lendemain je n’étais pas en trop mauvais état. Et surtout il y a la motivation énorme de savoir que tu vas dormir dans un lit à l’arrivée après 14 heures sur ta selle. En plus j’avais démarré tard, j’avais donné une interview à France bleu Isère avant. J’étais parti à 11h00 de Grenoble en me disant que j’arriverai à l’heure où j’arriverai et puis désormais rouler de nuit n’est plus un problème car avec les dynamos on a un éclairage qui nous met en sécurité, et il y a moins de voitures sur cette route donc on est plus en sécurité. »

Godefroy Troude : « Tu préfères rouler de nuit ? »

Marc Lecacheur : « Je ne sais pas si je préfère mais ce qui est sûr c’est que c’est une expérience intéressante. L’année dernière sur ce trajet j’avais eu de gros orages et c’était mystique, avec des parfums, la chaleur et l’humidité du bitume qui ressortait sous forme de vapeur d’eau avec tous les parfums des aromatiques du sud. Donc tu roulais dans une ambiance hallucinante. Plus les rencontres avec plein de petits animaux, des renardeaux en bord de route, un monde magique. »

Godefroy Troude : « …et une température plus clémente. »

Marc Lecacheur : « Oui, il fait plus frais, donc à tout point de vue c’est intéressant ! Je me suis demandé pourquoi habituellement on ne roule pas de nuit à vélo. Je pense qu’il y a la peur : peur de se trouver seul dans la nuit avec une crevaison, peur d’être percuté par quelqu’un qui est ivre à une heure où les gens sortent de boite de nuit, peur de la nuit et de l’obscurité. C’est vrai que c’est impressionnant ! Quand j’ai passé les gorges du Verdon, avant de redescendre sur Draguignan, tu as des portions de forêt très belles, de vieilles chênaies magnifiques, mais de nuit là-dedans avec ton petit halo de lumière dans cet espèce de couloir, c’est très impressionnant, tu ne vois rien, pas un son, de temps en temps une voiture qui passe et qui crée une interrogation car tu ne sais jamais trop sur qui tu vas tomber. Est-ce qu’il va rouler vite, est-ce qu’il va me voir, est-ce qu’il va s’arrêter… Je pense que la peur explique qu’on ne roule pas la nuit. Alors que pourtant il fait moins chaud, c’est moins dangereux car il y a moins de voitures, il y a plein d’aspects positifs… »

Godefroy Troude : « Mais étant seul, de nuit, avec uniquement ce tunnel de lumière devant toi qui restreint ta perception de la réalité comparé à du plein-jour, dans un effort physique long qui implique une fatigue, un état second, ne crains-tu pas d’avoir une conscience altérée de la réalité, des distances, de ne pas être certain d’être bien en alerte ? »

Marc Lecacheur : « Je pense que je n’ai jamais atteint un stade où j’ai douté de mon état de conscience.
C’était très dur de doser l’effort. Par exemple sur la fin en redescendant sur Draguignan car je ne rappelais plus comment était la route en montant après le lac de Sainte-Croix. Et la nuit t’enlève toute notion de vision d’horizon : tu as beaucoup moins la capacité de deviner la configuration de la route. De jour tu vois le paysage, tu vois des forêts, tu vois que tu arrives vers un col. Là, de nuit, le lac je l’ai deviné plus ou moins par un halo de lumière. Heureusement j’avais mon GPS dans le dos avec la voix de la dame qui me guidait. Elle m’a fait passer par des chemins secondaires, ce qui de jour devaient être une bonne idée mais qui la nuit sont un peu ennuyeux, et puis je me demandais si elle ne me faisait pas faire des kilomètres en plus car à cette heure-là je m’en moque d’éviter les grands axes. Donc de nuit, tu peux moins prévoir, tu as plus de mal à préparer ton corps à un effort avec le col qui va bientôt arriver. Tu y arrives un peu quand même avec les lumières des quelques voitures qui viennent.
Donc pour la lucidité, je pense que je n’ai jamais douté de mon état de conscience, où je me suis fait peur. Certes l’année dernière j’avais fait une chute à 60 km de l’arrivée, qui était certes liée à un manque de lucidité mais surtout due à un balisage défectueux : là où j’ai cru voir une ligne blanche c’était un tout petit rebord de trottoir, et je suis tombé quand j’ai ripé dessus, heureusement je ne me suis rien fait. À aucun moment je me suis fait peur. Mais il est clair qu’à chaque fois qu’il y avait des descentes, et il y en a beaucoup quand tu descends de Draguignan, avec deux fois 10 km de descentes, avec des épingles où quand tu tournes même si ton phare est un peu mobile il n’éclaire pas l’épingle donc on roule de manière différente. Et là je me disais d’être super vigilant, de ne pas me laisser mener. Avec pas d’autre son que celui de la machine – le sifflement de la dynamo et les freins qui couinent – dans ce halo de lumière, j’étais très prudent dans les descentes.

Régulièrement je regardais mes jambes pour voir si elles étaient toujours là, comme si une coupure s’était faite entre le haut et le bas de mon corps. Les jambes faisaient vraiment partie de la machine ! J’étais néanmoins à l’écoute des douleurs ligamentaires, car moins d’une semaine avant j’avais bien forcé sur mes chevilles et mes articulations avec de la course à pied et le vélo réveillait tout ça. Alors – tu fais peut-être ça en courant – mais tu as plein de manières de régler tes appuis et quand tu sens des douleurs tu vas compenser par plein de petits ajustements. Et à vélo c’est pareil : comme c’est des pédales automatiques tu vas choisir de tirer plus que de pousser, et réussir à supprimer les douleurs en variant le mouvement. Il faut être très à l’écoute des douleurs pour éviter de se retrouver à un moment donné à avoir super mal et devoir dormir sur le bord de la route.

J’ai eu envie de dormir à un moment donné mais pas de perte flagrante de lucidité. J’allais à l’efficacité, en prenant la quatre voie à Draguignan sans me poser la question, mais en étant super prudent. L’instinct de survie fait que dès qu’il y a des voitures tu te mets sur le côté. »

Godefroy Troude : « Qu’as-tu comme éclairage ? »

Marc Lecacheur : « J’ai un éclairage LED alimenté par une vieille dynamo années 70. C’est hyper puissant. Tu le vois au comportement des automobilistes, qui je pense t’associent à une mobylette. Car quand tu as une lampe frontale, piéton sur le bord de la route, souvent ils t’en mettent plein la figure. De nuit en plein milieu d’une route du Verdon qui serpente, tombant sur un objet marchant ou roulant non identifié, souvent ils mettent plein phares pour bien comprendre. Mon éclairage LED est super opérant de ce point de vue là. Mais j’attends vraiment la pleine nuit pour l’allumer, je roule encore un peu dans la pénombre au crépuscule, car la dynamo me fait perdre sacrément en rendement. »

Godefroy Troude : « N’as-tu pas envie d’une dynamo plus récente de meilleure efficacité ? »

Marc Lecacheur : « Non. Il y a trois ans j’ai acheté un vélo neuf, ce qui ne m’était pas arrivé depuis des années, et je n’ai eu que des problèmes, jusqu’à peut-être le payer deux fois en réparations. J’étais incapable de le réparer parce que la technologie me dépassait. Alors je l’ai revendu et pour le même prix je me suis racheté deux vélos : un VTT qui me sert pour encadrer (en gros un beau vélo pour montrer aux enfants que je suis un vrai VTTiste avec un vrai vélo qui est beau et que j’utilise pour m’éclater aussi). Et ce vélo-là qui a été monté par un atelier ultra local : ses roues sont neuves, mais tout le reste ce sont des pièces de récupération que le gars avait dans son atelier, sauf le cadre qui vient de mon ancien vélo de voyage, un cadre à 10 balles mais autant le garder plutôt que de le laisser moisir dans mon garage.
Ma dynamo années 70 est increvable et je peux la déconnecter. Alors que les neuves, même si elles offrent une résistante plus faible, comme ils la mettent dans les moyeux elle fonctionne tout le temps donc tu as toujours une résistance. Je réutilise du vieux matos qui est déjà en place et soumis à rude épreuve, c’est moins cher et ça va bien avec ce vélo finalement.
Par contre les lampes ce sont des LEDs dernier cri. »

Godefroy Troude : « Qu’emportes-tu ? »

Marc Lecacheur : « J’avais une sacoche avec la base : pantalon et manteau de pluie (car il n’y a rien de pire que d’être mouillé), une paire de chaussures pour pouvoir marcher (car je roule en chaussures de vélo), deux gourdes, un canif qui me sert à tout comme me protéger (je ne suis pas paranoïaque mais quand je roule de nuit je l’ai toujours à l’arrière de la veste) et aussi pour couper ou réparer. J’avais aussi une trousse pour réparer la majorité des pannes. Et enfin plein de nourriture car il faut constamment alimenter la machine pour ne pas tomber en hypoglycémie. Il faut arriver à destination avec encore à manger dans la sacoche ! Psychologiquement c’est bon de te dire qu’en cas de coup de barre tu as du rab, des graines, des petites tartes, des trucs variés qui te plaisent : j’avais acheté des nounours au chocolat parce qu’avec ce type d’effort très vite ton organisme refuse plein de trucs : les barres céréalières tu m’en donnes deux et après je ne peux plus en manger et c’est très peu digeste. Donc à côté ce qui te nourrit vraiment il faut avoir des trucs qui vont te faire plaisir, te donner envie de manger. Et le nounours au chocolat j’en prenais de temps en temps directement dans ma poche, et ça me donnait un coup de boost et un petit peu de gaité.

Après je me suis arrêté à Sisteron pour prendre un grand plat de pâtes dans un resto. Je sais qu’il me donne 3 à 4 heures d’autonomie. Mais c’est aussi beaucoup dans la tête car certes les sucres lents ça aide, mais l’effet boost il est là bien avant que les pâtes entrent dans ton organisme. Il y a un truc qui te fait « Paf, ça y est j’ai les pâtes, je peux repartir ! » Alors que tu es arrivé un peu fatigué, tu repars en sachant que c’est en toi. C’est un peu comme la Ventoline pour l’asthmatique. Mais je me suis très peu arrêté car je ne voulais pas arriver trop tard, je ne voulais pas déranger ma famille. Ce trajet je ne voulais pas qu’il dure donc je l’ai vraiment fait en mode machine, sans apprécier le paysage. J’ai eu un très beau coucher de soleil mais à part ça ce n’était pas super agréable. C’était un trajet utile. J’ai pensé à plein de choses, mais j’étais surtout dans cette volonté d’arriver. »

Godefroy Troude : « Tu stockes ta nourriture dans tes poches ? »

Marc Lecacheur : « Globalement non. J’en avais juste un peu dans le dos… Cela fait un bout de temps que je voulais m’acheter une petite sacoche pour avoir devant moi des petites choses à manger, mon téléphone et sa charge. Mais en allant la veille au magasin pour acheter de nouveau patins de freins, quand j’ai vu le prix de la sacoche je me suis dit : « arrêtons de consommer, de chercher quelque chose pour répondre à un besoin ». Et au final ça a bien marché avec le téléphone dans la poche arrière, avec le GPS qui me parlait dans le dos. »

Godefroy Troude : « Et tu recharges ton téléphone avec la dynamo ? »

Marc Lecacheur : « Non, je pourrais mais j’utilise une batterie extérieure classique, qui recharge aussi ma montre. C’est une Garmin de base. Quand tu fais 300 km, j’étais content de regarder ma montre de temps en temps, ça fait du bien de se dire que j’ai fait tant d’heures, que j’ai mis 5 heures pour faire ça donc il me reste 6 heures… Mais elle m’a planté au bout de 170 km. Alors je me suis dit « Pfff, il y a 300 km, tu vas y arriver… » Et puis j’avais le GPS qui avec Google Maps me donnait la durée restante ce qui m’a permis de prévenir la famille. La technologie est bien pour ça, je n’ai pas eu à me poser de question, car de nuit autour du Verdon ça aurait été un peu compliqué pour trouver la bonne route quand je n’avais plus cette portion d’itinéraire en tête. Donc je n’avais plus à m’en préoccuper, j’avais juste à penser à rouler.
Et sur ces 300 km je n’ai croisé que deux cyclistes. Ça me frappe toujours. »

Godefroy Troude : « Tu t’es arrêté pour discuter avec eux ou tu les as juste croisés ? »

Marc Lecacheur : « Non, on s’est croisé comme ça. J’ai fait coucou à deux cyclo avec des sacoches. Avec les cyclistes de route c’est pas pareil, tu as des codes : ils ne te saluent pas quand tu as un vélo comme le mien, que tu n’as pas le code vestimentaire. C’est peut-être même pire qu’entre motards. Ma théorie c’est qu’ils vont te saluer ou pas en fonction de l’heure à laquelle ils te croisent. Il y a le truc élitiste « Moi je fais de la route, 8 000 km par an, on n’est pas dans le même monde. » C’est frappant. Donc là il y en a qui m’ont salué parce que c’était la tombée de la nuit et qu’ils ont dû se dire que je ne devais pas venir d’il y a juste 10 km, donc que j’étais un vrai. Sous-entendu il y a les faux puis il y a les vrais. C’est drôle, j’en rigole.
Donc j’ai tendance à saluer les cyclo en sacoche. Je salue aussi les Gravels même si c’est déjà un autre esprit, c’est corporatiste. Et les cyclistes de route j’ai tendance à les saluer mais très souvent tu te prends des vents parce que tu n’as pas le caleçon rose-fluo et le vélo à 6 000 balles. Beaucoup sont dans des logiques de consommation, à changer de vélo tous les deux ans… C’est plein de clichés mais qui sont des réalités.
Ça me fait penser à cette histoire de l’habit qui ne fait pas le moine. C’est presque parfois une provocation de n’être pas dans le code vestimentaire et de prouver par les actes que si tu dois faire partie d’une tribu tu en fais partie et que tu n’as pas à rougir. Le costume ne dit rien sur la personne qui le porte. »

Godefroy Troude : « Mais il y a peut-être aussi cette idée – moi je suis plutôt sur la course à pied que le cyclisme – cette idée que l’accessoire fait partie de l’effort, qu’il va te rendre plus performant, parce que tu as les bonnes chaussures, le bon maillot. Je la comprends même je ne la partage pas : je cours en short de randonnée avec des T-Shirts en coton que j’ai eu il y a 10 ou 15 ans lors de courses antérieures, et s’il fait trop froid je suis même jusqu’à l’arrivée en pantalon de randonnée (je n’ai pas dézippé les jambes de mon short). Je n’ai absolument pas un look de coureur. »

Marc Lecacheur : « On est dans cette illusion que l’outil va transcender l’Homme, que la technologie va lui donner des ailes. Et le vélo remet bien les gens à leur place, qu’on n’est pas tous égaux, que certains montent très bien, et que le vélo en lui-même ne fait rien.

Une anecdote avec le triathlon de Marseille. Il y a des mecs qui te vérifient ton vélo dans des stands avant la course. Le mec fait tourner ma roue arrière – c’est pas pour me vanter, c’est juste pour le côté rigolo – et il me dit qu’avec la roue que j’ai si je double quelqu’un je lui donne une corde pour me faire pendre, sous-entendu ma roue c’était une roue qui ne tournait pas, une merde totale. Je le savais : les roulements étaient foutus. Et bien ces roues pourries ne m’ont pas empêché de doubler en montée des gens équipés de fusées à 8 000 balles. Oui, ça donne un petit plus, c’est vrai, mais à notre niveau d’amateurs ça ne change rien. »

Godefroy Troude : « Oui, mais il voulait juste te donner un conseil, attirer ton attention sur le fait qu’il fallait changer ta roue si tu avais envie d’aller plus vite. »

Marc Lecacheur : « Il rigolait : « ta roue c’est une daube totale ». Je le savais car en descente j’étais obligé de pédaler comme un malade. En montée je le ressentais moins.

Et autre anecdote en triathlon, près du lac d’Annecy : on s’est retrouvés à trois ou quatre à crever au même endroit parce que des locaux avaient mis des punaises sur le sol pour se plaindre de l’organisation de l’évènement. Double crevaison : t’es plié, ta course est terminée, tu attends la voiture balais… Et en attendant, on a assisté à un accident en direct : un coureur arrive à pleine balle à vélo, il évite les punaises mais se prend de plein fouet une voiture qui coupe la route, car la circulation n’était pas arrêtée. Vélo plié. Le mec est indemne, rien du tout, et il était limite à pleurer parce que son vélo coûtait 8.000 balles. Il ne pensait même pas à son corps, c’était son vélo qui l’inquiétait ! On est dans un drôle de monde où l’outil prend le pas sur l’humain. »

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4) Course à pied : Monaco / Grenoble en solo

Godefroy Troude : « À côté du cyclisme, il y a la course à pied. Tu as également fait Nice – Grenoble en courant. »

Marc Lecacheur : « Il y avait 400 kilomètres mais je ne les ai pas faits en entier. Peut-être parce que je n’avais pas les jambes, mais j’ai aussi manqué de temps. Je n’avais que 7 jours pour faire le trajet : j’avais cette interview avec France Bleu Isère et des petites choses en attente car j’étais parti deux semaines faire des treks avec des enfants. Donc sur le papier c’était NiceGrenoble mais je me suis arrêté à Serre-Ponçon. »

Godefroy Troude : « Ça faisait combien, 280 km ? »

Marc Lecacheur : « Non 230. »

Godefroy Troude : « C’est quand même une sacré distance ! »

Marc Lecacheur : « Oui, mais c’est toujours pareil c’est très subjectif… Alors je me suis arrêté peut-être aussi parce que mes filles n’y étaient pas, que la motivation n’y était pas car je n’avais personne qui m’attendait à la maison à Grenoble. Alors au final pourquoi le faire ? Pour dire que je l’ai fait ? Bof… »

Godefroy Troude : « Donc raconte nous ces journées en détail, car tu n’as pas fait 230 km en une journée. D’abord ta préparation. Tu es parti avec quoi ? »

Marc Lecacheur : « Là pour le coup je me suis dit qu’il me faudrait un sac adapté. Car l’année précédente j’avais fait un petit périple sur trois jours pour des repérages dans Belledonne et j’avais pris mon sac de base de randonnée, 40 litres, que j’ai depuis 25 ans. Et au bout d’une journée et demie tout allait bien, même les jambes allaient bien, sauf qu’en bas du dos j’avais des plaies d’âne bâté, des plaies de frottement car le sac bougeait dans tous les sens et n’était pas adapté à ce type d’effort. À force tu as la peau à sang et courir devient une vraie douleur alors que ton corps va bien à part ça. Donc là je me suis dit qu’il fallait vraiment que je trouve un sac adapté, et j’ai acheté un sac de grande portance, 40 litres, ce qui est déjà gros pour du Trail, mais avec un bon système de bretelles et d’accroche de ceinture pour courir sans que le sac bouge. Un sac également adapté pour le VTT donc qui me servira aussi pour mon boulot.

Ensuite j’ai emporté l’essentiel, que je possédais déjà : pour le couchage une petite tente 2 places achetée il y a 13 ans qui fait 2,2 kg ou 2,3 kg, un matelas Therm-a-rest de 400-500 g. et un vrai duvet en plume qui tient chaud de 700-800 g.
Aujourd’hui, pour voyager léger, beaucoup préconisent de ne prendre qu’une petite bâche. Je suis anti-bâche. L’avantage de la tente par rapport à une bâche c’est que tu es au chaud, protégé des insectes, de la pluie même quand elle est transversale (tu en as plein partout avec une bâche). C’est une cellule de survie que tu peux monter en 3 minutes, quand tu es motivé, pour tenir dans un orage de grêle, un truc vraiment violent. Il y a des gens qui meurent chaque année bêtement en montagne parce qu’ils se prennent une chute de neige en plein été. Donc une tente c’est plus lourd qu’une bâche, c’est dur sur le dos, mais ça vaut la peine de la porter.

Ensuite j’emporte ma veste anti-pluie très fine et un pantalon de pluie très fin, un caleçon de rechange, une paire de chaussettes de rechange, un T-Shirt de rechange… L’idée c’est d’avoir un rechange propre que tu laves chaque jour à l’étape dans une rivière et que tu fais sécher sur le sac le lendemain. Comme ça tu as des sous-vêtements propres, ce qui est la base pour éviter les problèmes d’hygiène et les frottements. C’est primordial de pouvoir te laver les pieds et les parties intimes tous les jours. Même en n’étant pas à côté d’une source d’eau, avec juste une petite gourde de moins d’un litre, j’ai pu arriver à faire ma toilette et me sentir propre. Et je n’avais pas de polaire, juste un long collant double de course à pied.

Enfin côté nourriture j’avais une petite popote avec un couvercle, un tout petit peu d’huile, un réchaud avec une petite bouteille, 4 ou 5 repas lyophilisés en réserve au cas où je ne trouverai pas de repas et qui m’ont bien servi, et 4 gourdes. Et pour finir mon téléphone, mon chargeur de batterie et une carte que je n’ai pas du tout utilisée. »

Godefroy Troude : « Ton chargeur de batterie, c’est du solaire ?

Marc Lecacheur : « Non, c’est une batterie que je recharge avant de partir. Sur les 7 jours j’ai fait 2 nuits de camping : au bout de 3 jours quand la batterie commençait à faiblir je la rechargeais au camping ce qui me permettait de repartir pour 3 ou 4 jours d’autonomie, mais j’aurai peut-être pu tenir plus longtemps. »

Godefroy Troude : « Des photos ? »

Marc Lecacheur : « J’avais dit au départ que je ne ferai pas de photos. Mais j’en ai fait quelques-unes parce que je trouvais dommage de ne pas pouvoir montrer aux enfants des endroits très beaux à mon retour. »

Godefroy Troude : « Et tu n’avais pas de pompe filtrante pour l’eau ? »

Marc Lecacheur : « Non, j’en ai une mais c’est trop gros. Mon itinéraire n’était pas de la haute montagne. Je passais au maximum par des villages, tous les hauts de bassins versant, par la haute vallée du Var, la haute vallée du Verdon, j’ai vu les sources du Verdon que je ne connaissais pas. C’était extraordinaire. Une sorte de cirque naturel avec douze mille petits ruisseaux qui se rejoignent et créent le Verdon. Génial. Donc je trouvais de l’eau partout. D’abord un peu dans les rivières, parce qu’il y a des endroits, en regardant un peu, quand tu es prudent, tu as peu de risque d’être infecté. J’ai rencontré une infirmière dans un camping qui m’a donné du Micropur mais que je n’ai pas utilisé. Ensuite dans les villages il y a plein de fontaines dans les villages des Alpes, dans les hameaux il y en a partout. Une fois néanmoins malgré mes 4 bouteilles j’ai été un peu à court d’eau : j’avais fait une grande étape dans Les gorges de Dalui (très beau) en misant sur une source qui était indiquée sur la carte. Sauf qu’elle était tarie, près d’un hameau qui est aujourd’hui en ruine. Donc je me suis retrouvé avec très peu d’eau. L’ironie du sort c’est qu’il a plu pendant la nuit et que le lendemain matin la source coulait ! Rigolo. »

Godefroy Troude : « Sur le trajet proprement dit, combien de jours ? »

Marc Lecacheur : « Sept jours. L’idée initiale était de rentrer du travail à la maison en 10 jours. Nice-Grenoble c’est 400 km donc soit plus ou moins 40 km par jour. Sauf que 2 jours avant un copain m’a invité à Monaco, ce qui me faisait partir de Monaco au lieu de Nice, soit une étape de plus. Et je suis parti le dimanche au lieu du samedi prévu initialement. Donc je savais qu’il y avait peu de chances que j’arrive à la maison, mais ça n’importait pas. Je n’avais pas d’engagement de tout faire à pied.
La journée idéale c’était plus ou moins 40 ou 50 km. Parfois j’ai fait moins, 23 km car j’ai été pris par un orage. J’ai eu 2 journées de pause ou j’ai fait une fois 15 km, et l’autre fois 5 km : j’ai rejoint un camping et y suis resté pour recharger mes batteries. En plus j’avais un problème de matelas crevé, que je ne pouvais réparer dans la nature, il me fallait de l’eau en quantité pour localiser la fuite. La nuit où mon matelas s’est dégonflé j’ai super mal dormi. Donc des journées entre 5 et 52 km.

En général quand je partais le matin j’avais la pêche donc je courais. Quand ce n’était pas plat je pouvais mettre toute la matinée pour faire 25 km. Puis je faisais une pause à midi – déjeuner puis micro-sieste – de sorte que l’après-midi il ne me restait plus que 10 ou 15 km. En fonction du terrain, je pouvais faire de la marche active, mais je courrais dès il y avait une descente ou du plat. L’après-midi je manquais d’énergie pour courir en montée, surtout qu’avec le sac on est très vite limité.

Dans le Mercantour (autoportrait Marc Lecacheur)

Pour l’étape de 52 km, c’était du plat et j’ai couru le matin. Puis j’ai marché une partie de l’après-midi pour franchir le Col des trente souches et le col des champs pour rejoindre la vallée du Verdon. Puis j’ai couru toute la dernière partie de la journée, pour rejoindre Colmars, avec l’idée d’arriver dans un bistro, me prendre une bière, et faire un méga repas comme ça j’aurai bien mérité ma journée pour repartir le lendemain. Alors je me suis tapé toute la descente du col des champs jusqu’à Colmars, peut-être 1.500 mètres. C’était un peu interminable, et je me disais de garder la lucidité pour ne pas me blesser. À un moment donné, si tu te tords une cheville, tu ne peux plus avancer ! Il faut être vachement vigilant. En fin de journée, tu as des indices : le pied qui se prend dans des souches trois fois de suite alors que ça ne t’est pas arrivé de la journée, parce qu’en fait tes jambes tu ne les lèves plus, tu ne cours plus de la même manière… C’est un signal : il est 18h00, ne vas pas t’abimer une cheville maintenant alors qu’il te reste 15 km. Mais en même temps c’était tellement beau sur ces sentiers minuscules en sous-bois alors qu’il commençait à faire nuit, avec la carotte au bout. Je suis arrivé à Colmars à 20h30, c’était limite. Très fatigué, épuisé, mais heureux d’être arrivé à destination.
Après c’est génial. C’est une journée remplie : tu fais 52 km, tu as couru « comme un débile » sans croiser personne à part à 2 ou 3 randonneurs, tu t’assois dans un bistro, tu commandes un demi, tu ne sais pas où tu vas dormir (et t’en a rien à secouer car avec ta tente tu peux dormir dans un parc ou n’importe où), tu te sens frais comme un gardon, tout roule, et tu es tellement bien qu’au niveau social tu attires les gens. J’ai remarqué que je suscitais beaucoup l’admiration chez les mamies, qui me regardent avec des yeux gros comme ça, impressionnées, et leur mari qui les retiennent « Mais t’arrêtes un petit peu… ». C’est vraiment ça ! J’ai un truc, je suis un aimant à Mamie ! Elles doivent voir en moi leur fiston, le truc un peu auréolé, le pauvre…
Donc là tu es avec des gens qui ne sont pas du tout des randonneurs, tu expliques ce que tu fais, et là par exemple j’ai passé une soirée géniale. Il y avait 4 jeunes d’une vingtaine d’années avec qui j’ai fumé des clopes et bu des cocktails, à déconner en parlant de plein de trucs, de politique, ça nous a vraiment fait du bien. Et à 23h30 on s’est fait un bisou et j’ai trouvé un coin 50 mètres plus loin pour planter ma tente en bordure de ville à l’arrache totale, pour pouvoir le lendemain matin acheter mes croissants.

Une belle journée. T’as poussé tes limites, t’as vu des paysages, t’es bien, trop content de partager ces moments-là avec des gens. Et quasiment tous les soirs où j’ai fait des haltes c’était comme ça. Trop bien ! »

 

5) Notes

(1) « Toujours à propos de l’Iran, les randonnées que j’y organise ainsi qu’à Oman peuvent avoir un côté un peu difficile avec le climat. Et en Afrique du Sud, il y a un aspect qui peut être déroutant pour ceux qui viennent des Alpes : c’est l’absence de sentier marqué. On n’a plus tous les 100 mètres une balise ou un panneau qui nous rappelle qu’on est sur un itinéraire marqué. Sachant qu’en plus sur la plupart des cartes IGN aujourd’hui on a les numéros des panneaux qui y sont reportés. C’est génial, mais en même temps on ne sort pas d’un système balisé comme une ville avec des noms de rue, etc. Marcher sans balisage fait le charme de ces randonnées. »

Le site de Marc Lecacheur : https://www.peuplesetnature.org/

L’image illustrant cet article est extraite de la vidéo, sur laquelle a été intégré la carte globale des itinéraires. Cette carte, réaffichée un peu plus bas, provient d’un plan GoogleMaps.

La retranscription de cette interview a été intégralement relue et validée par Marc Lecacheur. Certains sujets, abordés à plusieurs moments de l’interview, ont été regroupés dans la retranscription écrite. D’autres points communiqués par Marc Lecacheur ont été ajoutés dans la retranscription et sont absents de la vidéo initiale.

Vidéo : entretien, image, son, montage Godefroy Troude. Photos Marc Lecacheur et Godefroy Troude.

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