Simon Eine a rejoint les étoiles


Simon Eine, dans Mithridate (photo Comédie-Française)

Simon Eine, grand homme de théâtre, sociétaire de la Comédie-Française pendant 42 ans, nous a quittés le 30 septembre. C’était également pour moi un ami. A la fois brillant, modeste, bienveillant et plein d’humour, il a rejoint les étoiles, des étoiles plein les poches comme le titre son émouvante autobiographie publiée en 2012. Merci Simon, merci pour tout.

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À voir en ligne

Certaines pièces dont Simon Eine est interprète et/ou metteur en scène sont accessibles en ligne sur le site de l’INA :

« Le Cardinal d’Espagne », d’Henry de Montherlant : 1964, Comédie-Française, 2h10, avec René Arrieu, Bernard Dhéran, André Falcon, Henri Rollan, Jacques Lorcey, Marco Behar, Régine Blaess, Danièle Ajoret, Louise Conte, François Vibert, Line Noro, Géraldine Valmont, Denis Savignat, Jean Claude Arnaud, Jean Louis Jemma, Max Fournel, Louis Eymond, Simon Eine, René Camoin, Paul Emile Deiber, Gérard Douheret, Claude Jourdain. A voir en ligne.

« Le Roi Lear », de Shakespeare : 1965, Comédie-Française, 3h10, avec Michel Etcheverry, Dominique Vincent, Silvia Monfort, Paloma Matta, François Chaumette, Jean-Paul Moulinot, Simon Eine, Pierre Tabard, Jean Pierre Bernard, Raoul Guillet, Bernard Garnier, Claude Debord, Hubert Noël, Guy Piérauld, Geymond Vital, Clément Bairam, Pierre Duncan, Claude d’Yd, Patrice Laffont, Jean Sagols, Maurice Coussonneau, Jacques Tessier. A voir en ligne.

« Le capitaine Fracasse », de Théophile Gautier : 1968, série de 6 épisodes tournés pour la télévision, durée totale 2h18, avec Simon Eine, Annie Sinigalia, Pierre Tornade, Henri Virlojeux, Maurice Sarfati, Philippe Mareuil, Albert Simono, Elisabeth Margoni, Edith Loria, Germaine Ledoyen, Jean François Dupas, Nicole Jamet, Hervé Sand, Teddy Bilis, Jean Hebey, Karen Rencurel. A voir en ligne.

« Le Commissaire est bon enfant », de Courteline : 1968, Comédie-Française/Au théâtre ce soir, 36mn, mis en scène par Jean-Paul Roussillon, avec Michel Aumont, Michel Etcheverry, Jacques Maury, Jean-Paul Moulinot, Simon Eine, Alain Pralon, Jean Louis Jemma, Françoise Seigner, Jean Claude Arnaud. A voir en ligne

« Lorenzaccio », de Musset : 1968, Comédie-Française, 2h15, avec Jean Pierre Leroux, Simon Eine, Jean Martinelli, Renée Saint Cyr, Louis Arbessier, Germaine Kerjean, Laurence Mercier, Charles David, Francis Etcheverry, Michel Carnoy, Bernard Wentzel, Jacques Chavert, Albert Lheureux, Albert Jores, Robert Bousquet, Marc Eyraud, Henri Poirier, Philippe Laudenbach, Francine Walter, Marcel Robert, Jacques Henri Loubrieu, Gérard Borland. A voir en ligne.

« Un fil à la patte », de Feydeau : 1970, Comédie-Française/Au théâtre ce soir, 2h05, avec Micheline Boudet, Denise Gence, Jean Piat, Michel Duchaussoy, René Camoin, Catherine Samie, Jacques Charon, Marthe Alycia, Paule Noëlle, Robert Hirsch, Paul Emile Deiber, Jean Claude Arnaud, Françoise Kanel, Marcel Tristani, Marco Behar, Jean-Paul Roussillon, Thierry Destrez, Bérengère Dautun, Louis Eymond, Alain Feydeau, Catherine Salviat, Simon Eine, Alain Duverger. A voir en ligne.

« Les fausses confidences », de Marivaux : 1971, Comédie-Française, 1h41, avec Micheline Boudet, Simon Eine, Jean Piat, Jacques Eyser, Denise Gence, Jean Luc Moreau, Paule Noëlle, Bernard Dhéran, Marcel Tristani, Jean Pierre Barlier. A voir en ligne.
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« Ruy Blas », de Victor Hugo : 1972, Comédie-Française, 2h12, avec François Beaulieu, Paul Emile Deiber, Jean Piat, Jacques Eyser, Simon Eine, Jean-Paul Moulinot, Marcel Tristani, Serge Maillat, Jean Pierre Barlier, Alain Feydeau, Jean Noël Sissia, Louis Eymond, André Reybaz, Marco Behar, Claude Winter, Denise Noël, Denise Gence, Nicole Calfan, Jean Claude Arnaud, Michel Bernardy, Alain Pralon. A voir en ligne.

« La troupe du Roy, hommage à Molière » : 1973, Comédie-Française, 1h43. À l’occasion du 300ème anniversaire de la mort de Molière, un récit de sa vie et de la troupe entrecoupé d’extraits choisis de ses pièces. Un assemblage et des interprétations remarquables. Avec Paul Emile Deiber, Jacques Toja, René Arrieu, Georges Riquier, Tania Torrens, Denise Noël, Nicole Calfan, Catherine Hiegel, Catherine Samie, Catherine Salviat, Virginie Pradal, Jean-Paul Roussillon, Alain Feydeau, André Dussollier, Ludmila Mikaël, Jean François Rémi, Jacques Eyser, Dominique Rozan, François Beaulieu, Bernard Dhéran, Robert Hirsch, Françoise Seigner, Claude Winterk André Reybaz, René Camoin, François Chaumette, Geneviève Casile, Michel Etcheverry, Michel Aumont, Alain Pralon, Jacques Charon, Simon Eine, Gérard Caillaud, Michel Duchaussoy, Pierre Dux, Annie Ducaux, Yvonne Gaudeau, Alberte Aveline, Denise Gence. A voir en ligne.

« L’avare », de Molière : 1974, Comédie-Française, 2h31, avec Michel Aumont, Simon Eine, Jacques Eyser, Jean-Paul Roussillon, Jean Claude Arnaud, Jean Noël Sissia, Yves Pignot, René Arrieu, Françoise Seigner, Ludmila Mikaël, Isabelle Adjani, Claire Bohers, Francis Huster, Marco Behar. A voir en ligne.
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« Le jeu de l’amour et du hasard », de Marivaux : 1976, Comédie-Française, 1h44, mise en scène de Jean-Paul Roussillon, avec Michel Etcheverry, Jacques Toja, Simon Eine, Béatrice Agenin, Dominique Constanza, Patrice Kerbrat, Jean Noël Sissia. A voir en ligne.
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« On ne badine pas avec l’amour », de Musset : 1978, Comédie-Française, 1h52, mise en scène de Simon Eine, avec Francis Huster, Béatrice Agenin, Anne Petit Lagrange, Michel Etcheverry, Bernard Dhéran, François Chaumette, René Arrieu, Jean-Paul Moulinot et Catherine Samie. A voir en ligne.
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« Les femmes savantes », de Molière : 1978, Comédie-Française, 1h55, avec François Chaumette, Simon Eine, Jean Luc Boutté, Patrice Kerbrat, Louis Arbessier, Yves Pignot, Jacques Sereys, Denise Gence, Françoise Seigner, Dominique Constanza, Catherine Ferran, Christine Murillo, Laurent Levy. A voir en ligne.
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« Les trois sœurs », de Tchekov : 1980, Comédie-Française, 2h48, avec Tania Torrens, Catherine Hiegel, Catherine Ferran, Claude Mathieu, Georges Chamarat, Jean-Paul Roussillon, Jacques Toja, Simon Eine, Jean Luc Boutté, Dominique Rozan, Patrice Kerbrat, Gérard Giroudon, Yves Gasc, Denise Bailly, Denise Pezzani. A voir en ligne.

« La dame de chez Maxim » de Feydeau : 1981, Comédie-Française, 3h06, avec Annie Ducaux, Catherine Samie, Denise Gence, Claude Winter, Bernard Dhéran, Michel Aumont, Simon Eine, Bérengère Dautun, Claire Vernet, Tania Torrens, Catherine Hiegel, Nicolas Silberg, Patrice Kerbrat, Dominique Constanza, Jacques Sereys, Jean Le Poulain, Catherine Ferran, Gérard Giraudon, Yves Gasc, Jean-Paul Moulinot, Jacques Destoop, Louis Arbessier, René Arrieu, Raymond Acquaviva, Geneviève Casile, France Rousselle, Christian Bouchin, Michel Duchaussoy, Jean Luc Boutté, Virginie Pradal, Henry Morgan. A voir en ligne.

« L’Imprésario de Smyrne », de Goldoni : 1987, Comédie-Française, 2h05, avec Simon Eine, Christine Fersen, Catherine Hiegel, Jacques Sereys, Yves Gasc, Richard Fontana, Claude Mathieu, Jean-Paul Moulinot, Jean François Rémi, Marcel Bozonnet, Roland Amstutz, Gérard Grobman, Marc Arian. A voir en ligne.

 

À lire également

Des textes à lire en ligne ou en librairie.

« Simon Eine » sur Wikipedia : biographie, carrière à la Comédie-Française (en tant que comédien et en tant que metteur en scène), carrière hors Comédie-Française, Filmographie, Télévision, Discographie et Publications.

« Des étoiles plein les poches », autobiographie, Simon Eine (2012, Éditions Archimbaud/Riveneuve, 273 pages). Ci-dessous, à droite, un bel article signé Jérôme Garcin dans le Nouvel Observateur à l’occasion de la sortie du livre.

 

« Portraits d’acteurs de la Comédie-Française », Simon Eine (2019, Éditions Atmosphère, 382 pages).

« Humeurs variables : Le sourire du babouin et autres nouvelles », Simon Eine (2016, Éditions Atmosphère, 271 pages).

J’ajouterai en conclusion des extraits de l’éloge funèbre à son ami Yves Gasc, que publia Simon Eine sur sa page Facebook, dans lequel il évoque ses amitiés et le monde du théâtre :

« [En 1954], je faisais de la figuration dans « Macbeth » avec Maria Casares et Alain Cuny. Ce qui m’a donné l’occasion de voir « L’étourdi ou les contretemps » de Molière, mis en scène et joué par Daniel Sorano dans Mascarille, et Yves Gasc dans Lélie. Cette pièce est une sorte de préfiguration des « Fourberies de Scapin ». Je n’oublierai jamais ce spectacle tant le couple maître-valet qu’ils formaient tous les deux m’avait enthousiasmé. La vitesse et la dextérité des deux comédiens pour faire passer ces vers savoureux, mais difficiles, m’avaient ébloui et j’avais été emporté par leur incroyable énergie. Daniel Sorano était un comédien que j’adorais — pour moi il était sans égal dans Sganarelle, de « Dom Juan », qu’il joua la saison précédente, et dans Cyrano de Bergerac qu’il n’a malheureusement pas joué au Théâtre, uniquement à la télé — mais Yves, bien qu’il soit débutant, était à son niveau.  Nous avons assez vite sympathisé, Yves et moi, il jouait Donalbain dans « Macbeth » et nous nous croisions souvent en coulisses.
Il régnait au TNP à cette époque une réelle égalité entre figurants, élèves et comédiens.  Rien à voir avec les rapports hiérarchiques établis de longue date à la Comédie-Française, telle qu’elle était lorsque j’ai été engagé en 1960. À part Georges Wilson, qui me semblait difficile à aborder, la majorité des autres membres de la compagnie : Maria Casarès, Christiane Minazzoli, Monique Chaumette, Zanie Campan, Philippe Noiret, Jean-Pierre Darras, Georges Riquier, Jean-Paul Moulinot, Roger Mollien, même Alain Cuny, étaient ouverts et amicaux. Pour Gérard Philipe c’était un peu différent, je n’ai pas eu la chance de figurer dans un des spectacles qu’il jouait, et comme la programmation était faite pour qu’il puisse tourner au cinéma, j’ai rarement eu l’occasion de le croiser.
[…] En 1978, [Yves Gasc] accepta d’entrer comme pensionnaire à la Comédie-Française et accéda au sociétariat en 1982. Dès lors, nous ne devions plus nous quitter et nous jouâmes ensemble dans quantité de spectacles, en commençant par « Les trois sœurs », d’Anton Tchékhov, mis en scène par J. P. Roussillon en 1979.
[…] En 1997, j’eus le plaisir pour la première fois de mettre en scène un texte presque contemporain — quoique ! — « Jacques ou la soumission » d’Eugène Ionesco. Pour cette œuvre drolatique, je proposai à Yves de jouer la mère de Jacques : il a composé là, de façon magistrale, un personnage absolument hilarant. Avec toute l’équipe, François Beaulieu, Gérard Giroudon, Michel Robin, Véronique Vella, Florence Viala, Alberte Aveline, Bérengère Dautun, Éric Genovese — qui jouait le héros qui ne veut pas manger de pommes de terre au lard — nous nous sommes amusés comme des fous à mettre ce spectacle au point et le public fut enchanté. Je cite le bref article de Laurence Liban, dans « L’express », intitulé Le coup de cœur : « C’est un coup de cœur, certes, mais Ionesco, lui, aurait employé l’expression « coup de matraque ». Pour nous réveiller, pour casser l’habitude, pour voir l’étrangeté du monde. Mission réussie au-delà de toute espérance avec Jacques ou la soumission, mis en scène par Simon Eine et joué par les comédiens du Français au meilleur de leur forme loufoque. Parodie d’un drame de famille bourgeoise, la pièce tourne autour de Jacques, sale gosse qui ne veut pas rentrer dans le rang. Rebelle, déjà, et qui « n’aime pas les pommes de terre au lard ». Une heure de délire burlesque et coloré où Yves Gasc, dans le rôle de la mère indignée, nous régale d’une composition épatante. »
En 1998, je mis en scène « Les femmes savantes » et il accepta de jouer Trissotin. Yves, devenu sociétaire honoraire cette même année, a égalé dans ce personnage l’inoubliable Henri Rollan ! J’en ai vu des versions de la grand scène du troisième acte au cours de laquelle les dames de la maison reçoivent le poète, mais rarement d’aussi bien jouées. Claire Vernet, Philaminte magnifique, Catherine Samie, divine dans Bélise, Sylvia Bergé, parfaite Armande, face à ce pédant suprêmement précieux et féroce, au timbre de voix envoûtant, qui susurrait ses vers grotesques avec des mines irrésistibles, tandis que les trois femmes se pâmaient sous le regard excédé d’Henriette – délicieuse Françoise Gilard – c’était vraiment un régal ! Yves accepta ensuite de jouer Euphorbe dans « Cinna » que je dirigeai en 2000, il avait peur de la Tragédie classique, je ne sais pourquoi. Personne ne disait mieux les alexandrins que lui !
[…] Peu à peu j’ai osé lui parler de ce que j’écrivais [finissant] par lui faire lire l’ébauche de ce qui est devenu, grâce à lui, un livre. Non seulement, il a eu la patience de lire ce qui n’était qu’une succession de notes, de souvenirs rédigés sans ordre, mais il m’a aidé de ses conseils avisés et m’a surtout encouragé. Ce qui m’a conduit à m’efforcer de mettre de l’ordre dans ce fatras. Peu à peu, avec obstination et grâce aux conseils amicaux, mais sans concessions, d’Yves, je suis arrivé à lui donner une forme acceptable et à le faire publier [sous le nom « Des étoiles plein les poches]. Yves, mon ami, mon frère, je te pleure et je ne t’oublierai jamais… »

Simon Eine. »

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