6 juin 1944 : Débarquement allié en Normandie

« Dans les mâchoires de la mort » (photographie de Robert F. Sargent)

Le débarquement de Normandie déclenché le 6 juin 1944 fut la plus grande mobilisation de forces navales de l’histoire, avec près de 7 000 navires (dont 1 200 navires de guerre), appuyés par 7 500 avions de reconnaissance, chasseurs et bombardiers légers (source Wikipedia). Jamais il n’y eut un tel regroupement de forces pour une attaque surprise, et jamais il ne pourra y en avoir d’autre en raison l’apparition depuis ces dernières décennies d’un maillage radar et satellite planétaire.

J’ai réuni ci-dessous une série de photos à vocation pédagogique à destination de mes enfants, rappelant le contexte et présentant le débarquement du 6 juin 1944.

Ce travail de recherche fait suite à la carence de commémoration télévisée (voir mon article sur la couverture médiatique du 6 juin).

PLAN :
1) Le mur de l’Atlantique.
2) Overlord, les derniers préparatifs.
3) Lancement du débarquement.
4) Pour en savoir plus (documents sonores, reportages, films)

1) Le mur de l’Atlantique

 

Le mur de l’Atlantique était une fortification côtière de 4000 km, en cours d’achèvement lors du débarquement. Pour sa construction, elle a mobilisé 300 000 travailleurs forcés.

 

Le « mur de l’Atlantique », de l’extrémité nord de la Norvège jusqu’à l’Espagne (ligne jaune) sur la carte (source Wikipedia).

 

Plan allemand des dispositifs de défense côtiers : la portion la plus renforcée allait de la Belgique à la Normandie.

 

Une sentinelle sur les côtes de Gironde (Bundesarchiv)

 

Un bunker (Bundesarchiv)

 

Un bunker – Noter les deux bunkers plus loin sur la côte à l’arrière plan (Bundesarchiv)

 

Officiers et soldats allemands observant le large (US National Archives)

 

Inspection des défenses de plage par le Maréchal Rommel et son état-major – printemps 1944 (Bundesarchiv)

 

Exercice d’alerte sur le Mur de l’Atlantique (Bundesarchiv)

 

Un bunker avec une importante pièce d’artillerie (Bundesarchiv)

 

La « Batterie Todt », au cap Gris nez près de Calais, l’une des plus importantes batteries du mur de l’Atlantique était capable de tirer des obus à 55 km et de toucher les côtes d’Angleterre (Bundesarchiv)

 

Affiche de propagande de Vichy « Nous sommes prêts »

 

 

2) Overlord, les derniers préparatifs

 

L’opération alliée « Overlord » (débarquement en Normandie) visait à ouvrir un second fond front, à l’ouest, contre l’Allemagne Nazie qui luttait sur le front de l’Est contre l’URSS. La pression de ces deux front devait aboutir à la capitulation allemande. Cette opération était d’une ampleur exceptionnelle et a nécessité des années de préparation.

Ci-dessous, quelques photos présentant les dernières actions avant le débarquement suprise des allés

 

Au dessus de la Normandie, une escadrille de bombardiers A-20 attaque les bunkers côtiers, ici au dessus de la Pointe du Hoc, le 22 mai (US National Archives)

 

Préparatifs en Angleterre : Jeeps en attente d’embarquements (US National archives)

 

Préparatifs en Angleterre : embarquement des troupes (US National archives)

 

Des soldats britanniques se détendent en lisant un guide touristique sur la France dans leur barge de débarquement – Noter l’Arc de Triomphe sur la couverture, et au dos des panneaux du code de la route. Ces soldats n’étaient probablement jamais allés en France et étaient heureux de la découvrir (AFP-STF)

 

3) Lancement du débarquement

 

Parachutistes américains la nuit du 5 au 6 juin (anonyme AP-SIPA)

 

Parachutistes américains prêts à sauter. Le parachutage, de nuit, était particulièrement périlleux. De plus, le parachutisme était une technique relativement nouvelle qui n’était employée que depuis peu dans les armées.

 

Dans la nuit, entre 3 et 5 heures du matin, plus 3 500 bombardiers attaquent les installations côtières – Note : cette photo montre en fait le bombardement de Royan quelques mois plus tard, mais permet d’illustrer la difficulté d’un bombardement nocturne (G. Binot)

 

Vers 5 heures du matin, à l’aube, début du bombardement intense des défenses côtières par les cuirassés alliés camouflés derrière des rideaux de fumée établis par les avions alliés – Ici, la photo a probablement été prise un peu plus tard le 6 juin (Wikipedia)

 

Vers 6 heures du matin, premières barges en approche d’Omaha Beach – Noter les armes sous plastique (photo Robert Capa)

 

Approche d’Omaha beach – Noter la dissimulation par couverture fumigène (US National Archives)

 

Approche d’Omaha Beach (US National Archives)

 

Omaha beach : première vague d’assaut, 6h30 du matin, mer agitée sous le feu des mitrailleuses allemandes. Une page détaille comment le photographe a pris ces photos (photo Robert Capa)

 

Omaha beach, première vague d’assaut, 6h30 : un soldat surnage. L’auteur du cliché, l’aida ensuite à sortir de l’eau car il avait quatre balles dans l’épaule (photo Robert Capa)

 

Retrouvé et interviewé 60 ans plus tard, ce soldat qui s’appelait Huston Riley raconte Omaha beach. Quelques extraits de l’interview ci-dessous (interview complète ici)

«Les vagues étaient vraiment fortes ce jour-là et seulement descendre du bateau par les échelles de corde dans les barges de débarquement sans passer à l’eau ou se blesser était du sport. J’étais l’instructeur de la compagnie pour la natation et le sauvetage en mer et donc j’aidais les autres. On est monté dans les barges vers 4h du matin et on a attendu deux longues heures. Nous étions encore dans la première vague comme en Afrique du nord et en Sicile. C’était devenu un sujet de plaisanterie entre nous, ceux du 16e régiment de la première division d’infanterie. En fait, on était ballotté dans tous les sens. On était presque tous malades, de trouille et du reste. On est finalement parti, on voyait les canons des destroyers tirer directement sur la plage.
Notre barge a heurté un banc de sable à 100m du rivage. Ils ont ouvert la rampe et je me suis précipité dehors pour me retrouver submergé dans plus de trois mètres d’eau. Il faisait presque jour. J’ai coulé et après une éternité, j’ai touché le fond. Je pouvais voir au-dessus de moi les balles de mitrailleuses heurter la surface de la mer perdre de la vitesse et tomber.
J’ai gonflé mes bouées à la ceinture, je suis remonté à la surface et j’ai commencé à nager vers la plage. Une cible parfaite. La barge avait dû recevoir un coup direct. Elle avait disparu et il y avait des débris et des corps partout. J’ai nagé jusqu’à la côte en cherchant à être le moins visible possible. C’était impossible.
J’ai été touché à plusieurs reprises, mais dans le sac à dos, les chaussures et cela ne me faisait pas mal. Et puis presque arrivé sur la plage, j’ai reçu une rafale dans l’épaule droite. Quatre balles, deux sont passées à travers et deux sont restés. Deux gars m’ont aidé à sortir de l’eau, un sergent de l’Easy compagnie et un photographe avec un appareil autour du cou. Ce devait être Robert Capa. Il n’y en avait pas d’autre. Je me souviens très bien m’être dit: “mais que diable ce dingue de photographe fait ici”. J’avais du sang sur le dos. Un infirmier m’a un peu soigné et j’ai rejoint ce qui restait de ma compagnie. Les trois quarts ne sont jamais arrivés. Avec d’autres survivants de la première vague d’autres compagnies, on s’est réorganisé en un groupe de combat. Sous les ordres des officiers survivants, on a fini par avancer et percer les défenses en milieu de journée.
On a fait pas mal de prisonniers. Il a fallu attendre 3 ou 4h de l’après-midi pour sortir de la plage et avancer à l’intérieur des terres. Les Allemands nous tiraient dessus avec de l’artillerie et des mortiers, mais nos chars sont enfin arrivés et cela a été plus facile. »

 

Omaha beach, première vague d’assaut, 6h30 : des soldats se réfugient derrière un « hérisson tchèque » – Noter les perforations du film négatif en bas de la photo (photo Robert Capa)

 

Approche d’Omaha, probablement de la deuxième vague d’assaut – Noter le « No Smoking » sur la porte (Wikipedia US)

 

Approche d’Omaha, deuxième vague d’assaut « Into the Jaws of Death » (photographie de Robert F Sargent, Wikipedia)

 

Utah beach, des soldats se portent assistance après le naufrage d’une embarcation. De nombreux soldats sont morts noyés sur certaines plages (US National Archives)

 

Utah Beach (probablement) – Soldat américain recouvrant un mort (US National Archives)

 

Sword, soldats britanniques des 13 et18th Hussards s’abritant à plat ventre sur le sable (wikipedia US)

 

Utah Beach (Reuters)

 

Vue aérienne des plages du débarquements, 6 juin (US Air Force)

 

Vue aérienne des plages du débarquements, 6 juin (US Air Force)

 

L’appui aérien continue, ici un bombardier A-20 du 416e groupe (US Air Force)

 

Forte activité aérienne – Noter les planeurs au sol, à gauche de l’image (wikipedia US)

 

Des Canadiens détiennent des prisonniers allemands (Mary Evans picture library-SIPA)

 

Juno Beach – Prisonniers de guerre allemands capturés par des soldats canadiens. Brenières-sur-Mer le 6 juin 1944 (Reuters)

 

Un jeune soldat américain soigné par un médecin (Mary Evans Picture Library-SIPA)

 

Après les premières vagues de combats, cadavres de soldats (photo Robert Capa)

 

Trois soldats se reposent devant un bunker camouflé en habitation (US National Archives)

 

Omaha beach, renforts américains grimpent une colline près d’un bunker allemand, 18 juin (Reuters)

 

Epave d’un avion P-47 sur la plage à Saint-Aubin-sur-mer, 22 Juin (US Air Force)

 

Sainte-Mère-Église, les habitants acclament le passage d’un char – Noter la Croix de Lorraine sur le capot avant – été 1944.

 

Parachutiste avec un résistant français – été 1944 (Wikipedia US)

 

Deux normands fleurissent un cadavre américain – été 1944 (US National Archives)

 

 

4) Pour en savoir plus (documents sonores, reportages, films)

Audio :

« Déclaration du général de Gaulle à l’occasion du débarquement en Normandie » (1944 – 5mn) : allocution radiophonique du 6 juin 1944 depuis la BBC à Londres – Noter, au delà du débarquement, l’aspect politique du discours recommandant de suivre les ordres de la France et non les ordres des alliés.

« Les français du 6 juin » (Patrice Gelinet – CD France Culture, 1994 – 58 mn) : un reportage exemplaire et d’une grande richesse, d’une heure, couvrant d’abord le débarquement avec des reportages poignants, puis la prise du pouvoir par De Gaulle de la France que les américains entendaient administrer seuls. Un document incontournable, même si quelques rares séquences en anglais ne sont pas traduites. Non disponible en ligne.

« 1944: Le jour J » (Patrice Gelinet, Robert Paxton et Jean-Pierre Azéma – 2000 ans d’Histoire, France Inter, 2009 – 21 mn) : version raccourcie de l’émission « Les français du 6 juin ». Non disponible en ligne.

« Le D-Day du côté des Allemands » (Jean Lebrun et Antony Beevor – La marche de l’Histoire, France Inter, 2014 – 28 mn) : un point de vue moins courant sur la journée du débarquement. A écouter en ligne.

« Paroles du Jour J : lettres et carnets du débarquement, été 1944 » (CD Gallimard, 2004 – 1h30) : Lettres de combattants et de français lues par et Jean-Paul Bordes, Rémi Caillebot, Bathalie Cerda, Olivier Chauvel, Thibault de Montalenbert, Frédéric Noaille, Yves Pignot, Victor Veyron, Garance Wester. Bien que l’interprétation de certains lecteurs rajoute une émotion qui dénature à mon goût la détresse exprimée dans ces lettres remarquables, je pense que ce CD est une façon séduisante d’approfondir le sujet.

Vidéo :

« Anticipation : manœuvre de débarquement américain et réaction allemande » (actualités cinématographiques, mai 1944 – 5mn) : reportage d’actualité du gouvernement de Vichy, avant le débarquement allié, imaginant un débarquement sur les côtes françaises et présentant fièrement la puissance de l’invincible armée du Reich. Un document frappant encore aujourd’hui pour son ton typique de la « collaboration » avec l’Allemagne Nazie. Noter la musique militaire triomphaliste. Consultable en ligne

« Vers la Victoire » (actualités cinématographiques, probablement de la mi-juin 1944 – 3mn) : reportage d’actualité de la France Libre présentant les premières images du débarquement allié en Normandie. Noter la présentation très différente de ces actualités, par rapport aux précédentes du gouvernement de Vichy. Noter également la musique dramatique, très différente, ainsi que le ton revanchard. Ces deux premiers documents, créés à moins d’un mois l’un de l’autre, permettent une intéressante introduction à la propagande. Consultable en ligne

« C’est pas sorcier : Le débarquement » (Série documentaire France 3 – 26 mn) : une présentation très didactique, comme d’habitude pour cette émission. Consultable en ligne

« Le jour le plus long » (Film de Darryl Zanuck, 1962 – 2h50) : la reconstitution la plus honnête à mon goût, et tout publics (vu avec mes filles de 10 et 13 ans). Le film retrace chronologiquement les évènements du débarquement allié en Normandie la journée du 6 juin 1944, précédé des derniers préparatifs de la veille au soir. Il présente les différents théâtres d’opérations, du point de vue Allié et Allemand, et différentes catégories d’intervenants : depuis les centres de commandements jusqu’aux simples soldats en passant par les officiers intermédiaires et les forces de résistance, le tout ponctué de nombreuses anecdotes véridiques. L’aspect aérien est néanmoins traité assez légèrement, surtout côté allemand. Je n’ai pas eu beaucoup d’explications supplémentaires à donner à mes filles, le film décrit bien les évènements.
Le film a été tourné en 1961, 17 ans seulement après le Débarquement pendant lequel de nombreux d’acteurs étaient militairement engagés. Les rôles des acteurs correspondent à leurs affectations militaires, et sont parfois très proches : ainsi l’acteur Richard Todd interprète le rôle du commandant de son unité de parachutistes lorsqu’il a pris le contrôle du « Pegasus Bridge » (note : cette description est un copier/coller de la page Wikipedia mais je suis l’auteur du texte Wikipedia !). Détails sur la Fiche Wikipedia

« Il faut sauver le soldat Ryan » (Film de Stephen Spielberg, 1998 – 2h50) : contrairement au « Jour le plus long », ce film est très émotionnel et pour un public adulte (je déconseille aux moins de 16 ans) : Spielberg ne montre pas des héros tuant des méchants, il montre des héros qui se font tuer. Habituellement les victimes sont en arrière plan. Ici elles sont au centre du récit. La ligne conductrice est le sacrifice et la peur. La mise en scène simule le reportage pour accentuer le réalisme et même sous l’eau on n’échappe pas à l’enfer. Malgré une seconde partie anecdotique, la première demie-heure du film est devenue une référence, méritée, même si Spielberg a parfois tendance à exagérer au risque de desservir la crédibilité du récit (comme c’était le cas dans « Arrête-moi si tu peux », avec la scène ridicule de policiers surarmés en 1h57).
En comparaison « Le jour le plus long » est d’un traitement plus classique et plus sobre. Les officiers peuvent réfléchir, et personne ne panique. Les faits sont là, comme l’annonce le général Norman Cota à ses hommes : « Il y a deux catégories d’hommes sur cette plage : ceux qui sont morts et ceux qui vont mourir, alors on y va ».
Pour moi la réalité est entre ces deux films : dans une interview, un soldat expliquait que la peur c’était jusqu’à sa descente dans l’eau. Après il fallait agir, il n’y avait plus de place pour la peur.
Détails sur la Fiche Wikipedia.

A lire en ligne :

Le mur de l’Atlantique : Fiche Wikipedia.

Overlord, le débarquement en Normandie : Fiche Wikipedia

Remembering D-Day, 66 years ago (Boston.com) : très riche iconographie (dont j’ai tiré une partie des photos de cette page). Accès direct.

La bataille de Normandie (Académie de Caen) : large exposé plus accessible aux enfants que la page Wikipedia du débarquement. Accès direct.

A visiter :

Le cimetière américain de Colleville-sur-mer. Un site terriblement émouvant par ses 9 400 croix s’étendant à perte de vue. Fiche Wikipedia

Le site de la Pointe du Hoc. Falaise impressionnante escaladée par le  2e bataillon de Rangers américain le 6 juin 1944. Fiche Wikipedia

Le musée d’Arromanches, détaillant la logistique incroyable de son port d’artificiel et des ravitaillements à travers la Manche. Voir le site du musée.

 

 

Colleville-sur-mer (photo Godefroy Troude)

 

Le bunker de vigie de la Pointe du Hoc – Noter, le monument dressé sur le bunker, et la côte en contrebas à marée basse dans le quart inférieur droit de la photo (photo Godefroy Troude)

 

 

Sources :
– photographiques :
Bundesarchiv, US National Archives, US Air Force, Reuters, AFP-STF, AP-SIPA, Mary Evans Picture Library-SIPA, Robert Capa, Robert F. Sargent, Godefroy Troude (quasi totalité des photos de cette page nettoyées et rééquilibrées par Godefroy Troude).
– sonore : déclaration du général de Gaulle : INA (remastérisation Godefroy Troude)

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